Diable, ça faisait un bail, mes petits loups, que rien ne s'était passé ici ! Pour dépoussiérer un peu, je me décide à vaincre momentanément ma flemme pour vous donner des nouvelles plus ou moins nouvelles de ma vie. Vous allez voir, c'est épatant. Mais je ne vous dirai pas tout aujourd hui, sinon ça sera trop long pour vos yeux tous tristes et fatigués.
D'abord, il y a eu le voyage à Berlin, en petit comité de quinze personnes toutes issues d'un milieu scolaire parisien privilégié parce que situé juste en face du cinéma, j'ai nommé le collège / lycée / prépa ( pour les masochistes qui en veulent encore ) Jules Ferry. Je vous parle d'un temps révolu, un temps où j'allais encore en cours chaque matin, munie d'un énorme trieur mélangé et quelque peu éparpillé, un temps où je pouvais somnoler à loisir sur une chaise, un sol, un radiateur, une place de transport en commun, ou encore debout, tout est possible, il suffit d'un peu d'opiniâtreté. Bref, un temps où je n'étais pas en vacances. Je vous rappelle que j'introduis un voyage à Berlin, qui commença par un périple chez une célébrité, une idole, un idéal étudiant ( c'est en tous cas ce qu'on aurait pu croire en étudiant l'étincelle de jubilation et le désir ardent d'un rapport détaillé allumées immédiatement chez mes camarades, à l'évocation de mon squattage ) ; vous qui êtes si vifs, je le sais, depuis le temps, vous avez reconnu la prof d'allemand. Eh bien figurez vous que son appartement ne contient pas d'immense bibliothèque recouvrant les murs, que sa fille est fort sympathique, qu'elle a presque notre âge, à nous les jeunes ( la fille, pas notre professeur ), que ses chats sont charmants, et ( information qui m'a, pour une raison que j'ignore, systématiquement et aussitôt été demandée ) que nous avons mangé du poulet. Je suis sûre que ça vous en bouche un coin, à vous aussi.
Bref.
Etant donné l'heure plutôt matinale du départ, il a bien fallu que nous nous levions avant l'aube ; et Paris by night sans personne dedans, ça vaut le détour. Mazette, quelle ambiance ! On se serait cru sur le plateau de tournage de Harry Potter : les ombres et les lumières oranges se mélangeant dans les coins, se complétant, se poursuivant sur les pavés, les grands murs de pierre des immeubles haussmaniens et leurs motifs taillés, les barrières de fer forgé des ponts et l'eau miroitant mystérieusement, large et solennelle dans sa robe de couleuvre...
Du coup, on a tous pioncé allègrement dans l'avion. En plus on se connaissait assez mal, malgré l'année passée côte à côte. Et par là dessus on est arrivé sur le sol berlinois, sous un soleil radieux ( parfaitement ! C'est le Berlin Power ), ambiance de colonie de vacances, grand trajet en bus et errance dans la rue de l'hôtel qui nous crevait trop les yeux pour qu'on puisse le voir. Après avoir négligemment entassé nos bagages dans un local bizarre, nous voilà partis pour une journée épuisante de marche, à travers trois musées, d'innombrables rues, et le métro Berlinois. Ce qui m'a valu d'avoir un mal de chien aux pieds et aux jambes pendant quatre jours sur cinq.
Je vous passe les détails du séjour, les kebab, les parties de loup garou à la terrasse d'un café, les fins de soirées entassés dans la chambre à essayer de terminer une bouteille de rakmaninov orange fluo acheté dans un kiosque de métro, le soleil, les visites, les galeries de peinture splendides, les invasions d'esclaiers et de bancs dès que l'occasion se présentait de s'y asseoir, les autres touristes, les Allemands, les trajets nocturnes dans les transports presque déserts, et tout et tout, tout ce qui fait le Berlin Power. Laissez moi juste vous raconter le gros de la meilleure soirée ( élue à majorité ), l'escapade au Schlachtensee ( der See signifiant le lac ). Fin du quatrième jour, dernière soirée du séjour ; soleil énorme toute la semaine, nuit précédente courte, kilomètres de marche dans des chaussures fines, pieds plus aplatis que jamais par le goudron ; et enfin, quartier libre ! Après avoir été acheter quelques pizzas et quelques bières en ville ( à des prix défiant toute concurrence : à Berlin, on mange pour rien ! Berlin Power ), le groupe de joyeux drilles moulus que nous formions ( pas tous les quinze, mais à peu près la moitié ) a pris le rer pendant des lustres, pour s'extirper de l'agglomération et gagner la banlieue berlinoise. Les bouteilles tintaient, les pizzas refroidissaient, et puis nous sommes arrivés. Le grand calme, des arbres partout, et la flotte au milieu. Nous nous sommes installés sur une plage un peu fréquentée, mais le premier match de la coupe d'Europe de football se disputant en Allemagne ce soir là, on peut dire que nous étions peinards. Un junkie est venu nous demander à boire, apparemment il avait déjà trouvé à fumer. Il est resté un peu, l'air doux et con, souriant aux anges, et puis il est parti. Nous nous sommes baignés, et je ne sais pas combien d'entre vous se sont déjà baignés dans un lac, mais c'est le pied ! Surtout là : pas d'odeur de vase, eau claire et tiède, fond propre, air doux, pas de courant, pas de sel... Nous avons vécu, le lac et moi, une idylle ; c'est le lac de ma vie. Et on a fait un sort aux pizzas. Et la soirée s'est terminée, avant de rentrer, par un amnésia ( vous savez, ce jeu avec une carte sur le front, où l'on doit deviner qui on incarne en posant des questions, auxquelles les autres répondent par oui ou non ) alors que la nuit tombait, puis était tombée. J'étais Marylin Monroe.
Franchement, je peux vous dire que nous serions bien restés quelques jours de plus à faire les cons tous ensemble à Berlin, c'est aussi ça le Berlin Power. Mais il a fallu rentrer, et on a eu droit à un coucher de soleil du tonnerre. Si j'en retrouve, je vous mettrai une photo ( c'est assez développé, comme chute, ça ? je le saurai au vu des commentaires ).



