Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 21:48

 

Le train s'était arrêté une nouvelle fois, Alice s'en rendit soudainement compte. Elle n'avait rien compris au monologue de l'aïeule, mais elle sentit que son regard lourd et chargé d'énigme attendait d'elle quelque chose. Jouer son rôle... Alice ouvrit la porte du wagon et descendit sur un quai presque désert, immense, lumineux. « Ne pas attirer l'attention de ces gens étranges, et pour ce faire, agir comme si tout était normal ». Elle se dirigea vers une grande cage d'escalier métallique. Face à la première volée de marches se déployait un étalage de verroterie, mêli-mêlo invraisemblable, dément, de vaisselle, boîtes, bijoux et autres objets à l'utilité mystérieuse, le tout entassé sur une table trop étroite, monté en pyramides scintillantes et transparentes. Un gros homme bizarre et silencieux se tenait debout à côté du capharnaüm. Mais il ne fallait pas s'arrêter... L'escalier se déployait sous un vaste dôme ; les marches métalliques à claires-voies s'échelonnaient, grimpaient en large hélice autour d'une colonne massive, et se perdaient dans une pénombre d'altitude ; il y avait probablement un plafond quelque part, puisque des breloques étincelantes pendillaient, incongrûment suspendues à des ficelles de longueurs inégales au dessus de la tête d'Alice, nullement menaçantes, tournoyant lentement, avec légèreté et même, une certaine joie. Alice s'engagea dans l'escalier montant. Elle allait sortir de là.

 

Tandis qu'elle entamait la longue ascension, le souffle déjà court et les muscles raidissants, à chaque pas, le petit galet lisse qu'elle portait en pendentif sous ses vêtements rebondissait contre sa poitrine, comme les battements d'un deuxième coeur.

 

Par lamain
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 21:46

 

L'intérieur du train avait tout de la rame de métro classique. L'éclairage blanc et lumineux tranchait avec l'atmosphère désuète du quai ; les chromes des barres luisaient doucement et les vitres accrochaient des éclats de reflets dans leurs surfaces lisses et sombres. Il y avait des passagers, dans ce train. Trois hommes attendaient leur arrêt debout au milieu de l'habitacle, se tenant d'une main à la barre centrale, tous trois en costume à carreaux, avec haut de forme et monocle. L'un deux portait une moustache impressionnante, grise et coiffée avec soin, en guidon de vélo. Le second tenait dans sa main libre un parapluie fermé, si bien plié qu'il semblait neuf. Le troisième sortit de la poche de son veston une montre à gousset qu'il consulta en fronçant un sourcil, avant de la ranger d'un geste précis et élégant. Le monocle leur donnait une expression solennelle et un peu sévère. Ils semblaient sûrs d'eux et imperturbables. Divers personnages étaient assis dans le wagon, seuls ou par petits groupes, et discutant à voix basse. Une énorme vieille dame était assise face à Alice et aux trois hommes, débordant assez largement de son siège, vêtue d'une robe noire parsemée de petites fleurs, avec sur les épaules un châles à franges rose, sa tête dépassant du dossier coiffée d'un gros chignon blanc et d'un minuscule chapeau à dentelle. Elle tenait sur ses genoux serrés un sac à main de tissu noir, les deux mains en pince, les bras repliés dans une position de mante religieuse. Un grand nez surmonté de culs de bouteille ronds inspirait lentement puis soufflait profondément ce qui semblait être à Alice un gigantesque volume d'air, emportant dans leur courant de nombreux poils de narines poivre et sel, qui ondulaient rythmiquement en une longue danse binaire interminable et hypnotique. Alice, qui commençait à être sérieusement inquiète, préféra ne pas détailler les autres passagers, et se dit qu'il vaudrait mieux descendre de ce train beaucoup trop bizarre à la prochaine station, sortir d'ici le plus vite possible, rentrer chez elle et ne plus jamais revenir -du moins, pas toute seule, et pas sans explication rationnelle de ce qu'elle voyait (ou croyait voir) ici. Le train poursuivait sa route vers on ne savait où, tortillant sur des rails bien trop sinueux, montant dans d'étroits boyaux obscurs des pentes si raides qu'il fallait presque se suspendre aux barres pour ne pas tomber au fond du wagon, puis redescendant avec la même brusquerie. Puis on arriva à la station suivante. Le quai était bondé, et fourmillait d'activité, mais lorsque le train ouvrit ses portes, personne n'y monta. Quelques étranges individus en sortirent et partirent se fondre dans la masse grouillante. Le mur du fond de quai, lui aussi d'une hauteur vertigineuse, était occupé par des coursives en étages successifs, reliées les unes aux autres par des escaliers en zig-zag, mais personne n'avait l'air d'y prêter une quelconque attention, où qu'ils mènent et quelle que fusse leur utilité. Lorsqu'Alice voulut elle aussi descendre sur le quai, la foule était telle qu'elle ne put poser ne serait-ce qu'un pied au sol. Pour autant, personne ne lui prêtait la moindre attention. Elle remonta donc dans le wagon, le coeur serré d'angoisse. Les portes se refermèrent, et le train repartit.

 

« Ce n'était pas ton histoire, jeune fille. »

 

La voix qui venait de parler avait résonné très près de son oreille droite, et la fit sursauter. Elle se retourna, et fut soudain nez-à-nez avec l'énorme vieille dame. Vue d'aussi près elle était plus que vieille... De profondes rides plissaient la peau tavelée de son visage, tirant tous ses traits vers le bas et lui conférant une expression à la fois d'une infinie sagesse et profondément triste. Alice eut un mouvement de recul. L'ancêtre poursuivit calmement son explication :

 

« Les gens qui prennent ce train sont en route vers un nouveau chapitre de leur histoire. Nous sommes les personnages principaux de notre conte, et chacune des gares que nous croisons en est une étape. A nous de trouver comment réaliser la trame du récit et comment faire avancer la narration, même si nous marchons tous dans le noir, et ne savons pas où nous nous rendons. » La vieille femme dût s'arrêter un instant, essoufflée. Elle se rassit péniblement sur le strapontin trop étroit, puis reprit, fixant Alice d'un air grave.

 

« C'est ainsi que nous passons notre existence : nous satisfaisons aux besoins d'un scénario dont nous sommes le centre, et dont nous ne savons pas grand chose. Tout juste en connaissons-nous les règles principales ; tu as l'air perdue, petite. Moi, je suis dans le jeu depuis si longtemps. Laisse moi t'aider . Voilà une chose essentielle que tu ne devras jamais, jamais oublier, c'est la règle la plus importante si tu veux réussir à atteindre ton but sans te faire écraser par la foule des quais : sois ce que la trame attend de toi, sois une héroïne et fais avancer l'histoire. Je sais que certains arrivent ici par erreur, comme toi, par curiosité, mais une fois qu'on a mis le doigt dans cet engrenage, ce n'est plus possible de faire demi-tour : le train n'avance que dans un sens, et la locomotive est inatteignable, crois moi. Regarde autour de toi. »

Alice s'exécuta automatiquement, jetant un coup d'oeil circulaire dans le wagon, s'attardant sur les passagers debout près des portes, puis sur les silhouettes indistinctes, trop floues, trop inconsistantes, assises dans les carrés.

 

« Oui petite, ceux-là, regarde les. Ce sont des âmes perdues, qui n'ont pas su jouer leur rôle et qui sont bloquées ici dans le train, qui se laissent entraîner mais ne verront même pas quand ils arriveront à destination. Joue ton rôle, c'est le seul moyen. »

Par lamain
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 21:46

 

Ce n'était pas une cave. Ni un tombeau, heureusement ! Elle se trouvait au pied de l'immense escalier, au seuil d'une grande salle manifestement toute en longueur, aux murs de pierre, séparée en deux par un gouffre central, là où le sol disparaissait brusquement et tombait à pic. Elle discernait assez bien le mur opposé, mais les extrémités de la pièce restaient repliées dans le noir. Elle s'avança sur le sol pavé de larges dalles bien plates, longeant prudemment le mur. Ici il y avait un écho, qui lui renvoyait vaguement son souffle un peu haché. L'obscurité était totale, seulement déchirée par la lueur de sa lampe frontale ; pas moyen d'embrasser toute la salle d'un regard. Le mur était nu, le sol aussi, jusqu'à la faille. Elle leva alors la tête, pour découvrir qu'il lui était impossible de voir le plafond : l'endroit devait être immense. Elle marcha jusqu'au mur du fond sans rencontrer d'obstacle ou d'autre issue dans les parois latérales, mais finit par distinguer une ouverture béante en ogive à cette extrémité de la pièce, qui enjambait la bande noire du précipice, rectiligne et large comme un canal. Ce n'est qu'alors qu'elle comprit. Elle s'approcha jusqu'au bord de la faille, et s'y pencha pour regarder. Elle n'était même pas profonde d'un mètre, en réalité, mais l'épaisseur de l'obscurité l'avait empêchée de le réaliser plus tôt.

Comme la colonne vertébrale d'un golem ou d'un Goliath, posée dans les charbons froids, il y avait de grands rails.

Le quai se prolongeait sous l'ogive sous la forme d'une étroite plateforme, sur laquelle elle s'engagea. En fouillant le mur des yeux, maigrement éclairée par le halo blafard, elle trouva un boîtier métallique rouillé accroché à la muraille. Il y avait probablement eu une vitre pour protéger le tableau électrique qui s'y nichait, mais Alice n'en trouva pas trace. Elle introduisit la main dans l'espace ouvert livrant la série de fusibles et d'interrupteurs, elle abaissa le plus gros d'entre eux. Et la lumière se fit, dans un grand clignotement, avec force vrombissements de machines archaïques ; une lumière jaune et épaisse comme une liqueur se déversa en longues coulées sur le quai de gare, satura l'atmosphère de tons chauds, colora la pierre d'ocres et de sépia, tassa des brassées d'obscurité dans le tunnel ferroviaire, ne laissant d'ombre que dans les coins et les renfoncements, enroulées autour des reliefs comme de longues herbes aquatiques prises aux troncs des saules après une crue. De longues rampes pendaient du plafond immensément haut, clignotant avec irrégularité, à tour de rôle, comme autant d'yeux mal réveillés. Alice regarda tout cela avec une hébétude incrédule ; comment tout cela pouvait-il simplement être possible ? Elle ne voyait pas quel train pourrait emprunter cette voie, et quand bien même, pourquoi aurait-on construit une gare à cet endroit, en pleine campagne ? Qui, et à quelle époque ? Cet escalier était manifestement bien plus ancien que le lieu auquel il aboutissait ; et enfin, pourquoi aurait-on construit un endroit aussi haut de plafond ? Pour ce qu'elle en savait, le tout n'aurait même pas dû pouvoir tenir debout. Mais où donc était-elle ?

Elle fut interrompue dans ses réflexions par un souffle d'air provenant du tunnel. En même temps que le souffle prenait en force, elle perçut un grondement d'abord lointain, puis de plus en plus proche. Elle rejoignit le quai ; une grande horloge de gare, suspendue à mi-hauteur du mur en face d'elle, indiquait l'heure. Le train entra en gare. C'était un vieux train tracté par une locomotive à vapeur, qui pourtant n'en dégageait aucune. La rouille avait sérieusement attaqué la carrosserie, qui avait vraisemblablement été rouge à l'origine ; toutes les vitres étaient sombres, comme si l'intérieur du train n'était éclairé d'aucune manière. Les portes en accordéon du wagon se trouvant devant Alice s'ouvrirent, avec un rebond mou de gonds bien huilés. Elle s'avança avec une hésitation, posa un pied sur le marchepied métallique, et puis elle embarqua.

Par lamain
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 21:45

 

 

Degré à degré elle s'enfonçait dans le noir, la ligne de son regard se rapprochant rapidement du niveau du sol, puis soudainement, elle fut sous l'humus, sous les racines du chêne ; si elle l'avait trouvé énorme depuis la surface, maintenant qu'elle était dessous, il lui paraissait gigantesque, écrasante masse vivante fouissant la terre et brassant le ciel. Elle poursuivit sa descente dans l'obscurité croissante, précédée de quelques pas par le rond pâle projeté par sa lampe frontale. Et les murs de pierre se refermèrent sur elle ; elle se trouva bientôt cloîtrée dans la cage d'escalier, tunnel aux parois humides et granuleuses, sans lumière, lourd d'odeurs mélangées de vieille eau et de poussière mouillée, parfum minéral des blocs froids sous ses pieds, et relents organiques de pourriture végétale. Loin en surplomb maintenant, elle apercevait encore l'ouverture entre les racines de l'arbre pluricentenaire, laissant passer une vague luminosité qui allait mourir sur la troisième marche, comme la fin d'une vague sur un rivage.



Elle descendit encore. Cela n'en finissait pas. Le son de ses pas se mêlait à celui de sa respiration en succession monotone, mécanique, de souffle et de frottements mats ; loin de résonner, on aurait plutôt dit que le boyau dans lequel dévalait cet interminable escalier étouffait le bruit. Régulièrement, un léger courant d'air croisait Alice et faisait trembler une mèche sur son front. Impossible d'en déterminer l'origine ; peut-être qu'elle allait déboucher sur un réseau de grottes souterraines, avec toute cette humidité. Il devait en tous cas y avoir un autre accès quelque part, ouvert lui aussi sur l'extérieur, ce qui expliquerait ce souffle d'air intermittent. Oui, c'était certainement la bonne explication. Il faisait assez bon ici, ni chaud en dépit de la saison, ni froid en dépit de la profondeur. En fait, plus elle avançait, mieux elle se sentait, entourée de toute part par la pierre et la terre, comme blottie dans un corps gigantesque, accueillant et bienveillant. Son galet se balançait doucement contre sa peau au rythme de son pas. Alice se sentit gagnée lentement par l'endormissement, bercée par son propre mouvement régulier, par l'identique du décor autour d'elle, par la tiédeur de l'endroit et la régularité du souffle montant, qui la balayait sans la réveiller. Une à une les marches passaient sous ses pieds, et elle n'avait plus connaissance de la profondeur à laquelle elle se mouvait, ni de la pierre autour d'elle, ni du bruit que produisaient sa respiration et ses pas, ni d'ailleurs de son propre mouvement. Elle était à nouveau ailleurs, très loin dans son propre esprit, là où les pensées défilent et s'enchaînent plus vite que le cerveau ne les formule, là où les idées naissent (ou se déposent) avec une acuité foudroyante, juste avant que la conscience ne s'en saisisse et ne tente de les façonner à la forge du langage. Elle s'imaginait être très présente au monde physique, mais y fut brutalement rappelée au moment où son pied rencontra inopinément un sol plat là où il s'attendait à trouver la marche suivante. Elle trébucha violemment et failli tomber, ce qui la réveilla complètement. Lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était enfin arrivée au fond de la cave, son coeur s'emballa, elle tourna lentement sur elle-même, la bouche soudaine sèche et les yeux grand ouverts, pour percer la pénombre et détailler les lieux.

 

Par lamain
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 21:44

 

Elle atteignit sans grand soulagement sa destination. Là, dominant le bois de son imposante ramure, se tenait le grand arbre. De jour il n'avait jamais vraiment attiré son attention, mais dans ce paysage en dégradés de gris, sa silhouette sombre détachée sur fond de fouillis ténébreux semblait plus... présente. Assis le tronc droit sur le sol frais, entouré de toutes ses fortes racines noueuses, énorme, il faisait penser à une sorte de poulpe géant, figé en une position sévère, gardant un trésor englouti. Mais ce colosse d'arbre dégageait aussi une grâce toute végétale, engendrée par le naturel inexplicable de sa rugosité, de l'enchevêtrement de ses branches au travers duquel on apercevait encore quelques étoiles piquantes à force d'étinceler, et de l'ondulation immobile des racines qui se fondaient progressivement dans la terre. Le spectacle de cette ombre couronnée de ciel présidant aux ombres du bois, saisit davantage Alice que la vague impression de menace qui en émanait. Elle s'approcha de l'ouverture barrée qu'elle connaissait si bien, logée entre le chêne et la pierre. Penchant son buste au-dessus de l'escalier, elle tenta en vain de sonder son obscurité. La lampe frontale projetait une flaque ronde de lumière pâle, qui glissait sur les marches, s'accrochait un peu aux endroits humides, qu'elle faisait doucement reluire, puis se perdait, engloutie par le noir, dissipée. L'endroit était sans nul doute plus impressionnant qu'en journée ; Alice crut sentir un souffle d'air humide remonter des profondeurs de la cavité, et se recula instinctivement pour s'en protéger. Se maîtrisant pour ne pas tendre l'oreille (et si jamais elle entendait vraiment quelque chose ? ) elle se demanda finalement si cette expédition était vraiment une bonne idée... Mais elle n'allait pas se dégonfler maintenant ! Elle posa son sac sur les feuilles mortes qui formaient un épais tapis au sol, et en sortit la petite scie à métaux. Les travaux allaient être difficiles, et longs, mais elle comptait sur l'oxydation qui avait commencé à attaquer les barreaux par endroits.

 

Elle joua de la scie pendant plusieurs heures avant de parvenir à dégager un passage suffisamment large pour elle dans la grille. Le bras en feu, elle considéra un instant son oeuvre, les barres de métal alignées à côté du trou, et l'escalier désormais accessible... La grille mutilée lui procura un curieux sentiment de culpabilité, comme si cette solide barrière n'avait finalement été que la faible défense d'une entité trop vulnérable. C'était probablement ce qu'on devait ressentir en violant une tombe, à supposer que l'auteur d'un tel acte éprouve ce faisant quelque scrupule que ce soit. Mais non, c'était vraiment différent dans son cas : pas de tombeau, pas de pillage, seulement une petite visite et puis elle remonterait. Elle n'allait pas s'éterniser en bas, ça non. De toutes façons il faudrait qu'elle soit rentrée avant l'aube, ses grands parents étaient plutôt du genre lève-tôt. Le coeur battant, elle s'engagea dans la volée de marches, et entama la descente qu'elle imaginait depuis si longtemps.

Par lamain
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 21:43

 

Cette fois c'était bon, elle avait enfin tout réuni. Aujourd'hui était le grand jour... Elle descendrait. Alice avait toujours été attirée par le monde souterrain ; petite elle collectionnait les pierres, elle en avait d'ailleurs toujours une sur elle, ce galet percé, qu'elle portait en pendentif au bout d'un lacet de cuir qui, neuf, avait été bleu foncé, et raide. Maintenant il était devenu sans couleur, et les années de frottements contre sa peau l'avaient graissé et assoupli. C'était son porte-bonheur, évidemment. Qu'aurait-il pu représenter d'autre ? Il n'était même pas beau, ce collier. Mais petit-à-petit, elle en était venue à le considérer un peu comme un résumé d'elle-même, un petit totem, doux, tiède et troué au milieu. Un galet dur, mais abrasé par toute une vie sous-marine, par tout un tas de petits grains siliceux. Un galet avec un creux à la place du coeur, comme un vide jamais comblé, un manque, un regret. Ou comme un insondable mystère...

Elle aimait bien le métro. Bon, bien sûr aux heures de pointe, elle l'appréciait autant que tout le monde, mais elle trouvait à ses tunnels obscurs, à ses rames grinçantes, à ses rails sombres posés dans la poussière, quelque chose de charmant, à mi-chemin entre la science-fiction et la maison hantée. Elle aimait par-dessus tout quand le train s'immobilisait à mi-trajet, entre deux stations, au milieu du tunnel ; les lumières du wagon s'éteignaient et on était alors plongé dans une atmosphère vaguement post-apocalyptique, arrêté dans un lieu de transfert, un lieu qui n'est une destination pour personne. Dans ces moments-là, elle avait, quelque part, l'impression d'être à cheval entre deux dimensions.

Mais ça, ce n'était pas une bouche de métro, elle en était sûre. Pas ici, au beau milieu du petit bois. Elle y allait souvent pendant les vacances, et dans ses plus anciens souvenirs il y avait déjà le vieil escalier. Presque entièrement masquée par les racines d'un vieux chêne, l'entrée de ce qu'elle supposait être une cave ou un souterrain avait été soigneusement barrée par une grille massive de fer forgé, scellée dans de gros blocs couverts d'humus et de mousse. Combien d'après-midi avait-elle passé là, assise sur le bois noueux de l'arbre centenaire, au dessus de l'escalier d'un noir brillant là où l'humidité suintait, et vert foncé là où la mousse et les algues le couvraient ? En pensée, elle parvenait à se glisser dans l'espace laissé libre par les racines, entre les barreaux de la grille, foulait ces marches qu'elle avait apprises par coeur à force de contemplation, ces marches sans âge usées, polies par le temps. Elle progressait toujours plus avant, elle s'enfonçait dans la pénombre puis l'obscurité, et perdait la notion du temps. Le plus souvent, c'était la fraîcheur du soir qui la ramenait brusquement à la conscience du monde ; elle se levait, étirait ses jambes et son dos engourdis, frissonnait, restait encore quelques instants face au seuil, rongée par la curiosité de ce qui pouvait bien se trouver tout en bas, tentait parfois de secouer la grille mais toujours en vain, et rentrait à la maison, en échafaudant des plans pour dégager l'escalier.

 

 

Et ce serait aujourd'hui. Elle hissa le sac sur ses épaules et ferma doucement la porte de la chambre. Vibrante d'excitation et d'anxiété, elle descendit au rez-de-chaussée de la maison endormie, traversa le salon dans le tic-tac monotone de la grande comtoise et les ronflements légers de Capi, le vieux chien sourd, tourna précautionneusement la poignée de la porte d'entrée, et sortit. La nuit était tout, sauf silencieuse, ici à la campagne. L'air résonnait de stridulations et de chants de grenouilles, de hululement et de cris d'oiseaux nocturnes ; occasionnellement on entendait souffler des hérissons, glapir un renard, geindre quelque carnivore nocturne ou quelque proie malheureuse. La brise froufroutait dans les branches garnies de feuilles.

 

Elle traversa le jardin et la route déserte, escalada le talus herbeux, coupa comme d'habitude à travers champs pour gagner la lisière au plus proche, et pénétra dans le petit bois. Les troncs grinçaient, en se balançant doucement les uns contre les autres. La nuit était plus profonde ici, et moins bruyante. Les animaux sylvestres ont l'art de se faire discrets. Elle alluma la lampe frontale trouvée dans le garage, pour mieux éviter les ronces, et se dirigea avec hardiesse vers le vieux chêne, s'amusant de la sourde inquiétude nocturne qui lui serrait la gorge, probablement un réflexe ancré depuis la préhistoire, un automatisme de cerveau reptilien nourri en retour par une fertile imagination. N'empêche, elle sursauta plus d'une fois, croyant saisir un mouvement indistinct à la limite de son champ de vision, ou frôlée par la branche basse d'un arbuste inaperçu.

Par lamain - Publié dans : les articles de Noune
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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 22:05

 

J'ai relu tous ces textes écrits avant, retrouvé d'un coup qui j'étais, la vie que j'avais. C'est revenu en masse, le bon gros raz-de-marée des familles, celui qui, non content de saper le sable sous tes pieds sur un bon mètre de profondeur, se jette sur toi de tout son énorme poids, avec toute sa grande énergie de typhon, et te plaque magistralement, t'étale comme du nutella sur sa tartine traditionnelle.

 

En bref, ça m'a un peu remuée. Nostalgie, quand tu nous tiens... Nostalgie, oui, regret aussi. Je ne sais pas trop pourquoi. J'ai l'impression d'avoir été meilleure, d'avoir un peu déchu. En me relisant j'ai le sentiment de ne pas avoir changé, dans le fond, mais je reconnais à peine ce que j'avais écrit. J'avais écrit.

On dirait aussi que je viens de me retrouver, et j'engage la conversation avec le moi d'il y a bientôt quatre ans.

 

Il y a là un deuil qui ne s'est pas fait, ou pas terminé. Vague à l'âme.

 

Bon ! Et quand on a du vague à l'âme et qu'on se lamente de ne plus écrire, qu'est-ce qu'on fait ? Eh ben on écrit, pardi !

 

« Hey, salut Moi, qu'est-ce que tu fais là toute seule, dans ce coin de Toile désert depuis... laisse moi regarder la date... depuis mars 2009 ?


-Moi ! Moi du futur ! J'hallucine, qu'est-ce que tu es devenue, alors ? Raconte moi comment ça sera dans... combien de temps au fait ?

  • Quatre ans.

  • Ouh, c'est dans longtemps ça ! Allez dis moi.

  • Ben, tu veux savoir quoi sur moi dans quatre ans ?

  • Ben, par exemple... Tu vis où ?

  • Asnières sur Seine, c'est dans le 92, à côté quoi, tu vois où ?

  • Euh, pas vraiment en fait. Et comment je suis arrivée là moi ?

  • Ben, tu t'es installée avec Darfeld, vous vivez ensemble et vous avez trois chats. Tu as toujours ton 180 litres, mais maintenant c'est un bac Tanga, avec des cichlidés.

  • Attends attends, je comprends pas. J'ai gagne des niveaux en aquario à ce que je vois !

  • Un peu, oui.

  • Mais, j'ai emménagé avec Darfeld tu dis ? Alors ça, si je m'attendais... Attends, mais c'est... comment c'est arrivé ?

  • Je te raconterai en privé, pas assez intime par ici.

  • Oh, allez, y a jamais personne qui passe de toutes façons !

  • N'empêche, j'ai pas très envie de t'expliquer maintenant, et puis j'ai pas envie de faire un paradoxe temporel.

  • T'en as de bonnes toi. Ça fait dix minutes qu'on discute ensemble...

  • Oui, je sais, mais... enfin bref, laisse tomber ça, tu veux ?

  • Ok, ok... Bon, alors... C'est tellement gros que je sais pas quoi te demander. Ah oui : tu dessines encore ? Je dois avoir bien progressé non ?

  • Oh, non, pas tellement... En fait j'ai pris des cours d'aquarelle pendant un an et...

  • Oui oui, ça je sais, figure toi, j'y suis déjà passée !

  • Ah, oui, pardon, je me perds un peu dans le temps... Ben, après ça j'ai arrêté, et je n'ai pas vraiment repris. Pour tout dire, depuis qu'on a des cours en amphi je dessine beaucoup moins, même dans les marges de mes feuilles. De toutes façons je perds souvent mes feuilles volantes.

  • M'étonne pas de moi ça tiens ! Et le violon ?

  • Je joue de temps en temps, et aussi de la flûte, surtout dans les campements, et je chante relativement souvent aussi.

  • Les campements ?

  • Médiévaux. Avec Darfeld on s'est mis à l'escrime médiévale, tu verras, j'ai trouvé une association avec des gens vraiment sympa.

  • Génial ! Je n'aurais pas imaginé qu'on avait ça dans le coin, tu en fais où ?

  • A Colombes, mais l'asso n'existe pas encore.

  • C'est bizarre ! Au fait, dis moi...

  • Oui ?

  • Tu as terminé l'histoire de la sainte grolle ?

  • Ah, ça. Non... Je n'ai jamais réussi à savoir ce qui se passait après la nuit.

  • Pas possible... Mais tu as écrit autre chose ? Des poèmes ?

  • Un peu. Rarement. Presque rien jusqu'à tout récemment, j'ai eu un choc qui a relancé la machine. Tout ça me manque, moi, tu peux pas savoir je pense. Pas encore. Enfin si, peut-être que si ; pense à Sica et regarde les photos de l'album que les gens t'ont offert, tu comprendras combien tout ça me manque. Plus j'avance et plus j'ai l'impression de me perdre, alors que je devrais m'accomplir, non ?

  • Euh, tu sais, je ne réfléchis pas vraiment à tout ça, pour l'instant... Mais je vois que tu as toujours tes sautes d'humeur hystériques, je ne change pas !

  • Oui bon, n'exagérons rien... Hystérique... Lunatique tout au plus. Je crois que tu me vois plus exceptionnelle que je ne m'avère être.

  • Bon arrête de déprimer, sinon je vais m'y mettre aussi. Drôle de rencontre en tous cas. On devrait se voir plus souvent, c'est sympa !

  • Oui, ça fait du bien de se revoir ; je t'aime bien tu sais.

  • Ah, une belle victoire ça !

  • Je crois qu'on peut dire ça comme ça oui. Bon, je vais devoir aller manger.

  • Ok, bon appétit alors ! (on la finira un jour, cette histoire, hein ? Et on publiera, je crois qu'ensemble on en est capable, pas toi?)

  • Je ne te promets rien, j'ai appris que je ne suis pas aussi digne de confiance que ce que je croyais -que ce que tu crois. Mais au moins, on finira cette histoire. »

Par lamain - Publié dans : les articles de Noune
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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 20:10

Ah, mais quelle joie de revenir ici après toutes ces années (oui, toutes, quand on est jeune deux ans ça semble immense) ! C'est que voyez-vous, je suis en pleine phase de nostalgie, et je me plais à souffler dans les voiles des fantômes du passé, histoire de les faire danser un peu, et reprendre le devant de la scène.

 

Bizarre, j'ai l'impression de retrouver le fil de ma vie là où je l'avais laissé... Pourtant il s'en est passé des choses ! Mais ce n'est pas mon propos.

 

Au passage, j'ai relu le texte sur le temps qu'il fait, et je sais si ça vous fait le même effet, mais la fille qui a écrit ça est vraiment clairvoyante ! Merci moi !

 

Bon, trêve de bavardages, voici donc les paroles d'une chansonnette qui n'a pas de musique, la pauvre (mais ça viendra peut-être un jour).

 

 

C'était un jeune gars

Plein d'aplomb, plein de vie

il avait l'assurance et la joie de son âge

C'était un solide gars

Un fort bien beau parti

toutes les filles et leurs mères le voulaient en mariage

Comme gendre ou mari

toutes elles rêvaient de lui

 

Mais nulle ne lui plaisait ;

Il ne connaissait qu'elle

Il plongeait dans ses yeux aux couleurs d'océan

Dans les sables d'estran

A genoux devant elle

S'enivrait de son corps salé et de son chant

Comme d'autres se pendent

au goulot des bouteilles

 

Toujours il lui disait

Les mots que dit l'amour

Brûlait de la rejoindre au plus profond des eaux

Impuissant maudissait

son terrestre séjour

Mais elle tournait vers lui, s'éloignant dans les flots

Le plus doux des regards

D'espoir et d'implorance

 

Il a volé l'anneau

Que chérissait sa soeur

Un bel anneau d'argent bordé d'enluminures

Il l'a jeté dans l'eau

en même temps que son coeur

Pour que sa belle ondine s'en fasse une parure

L'anneau brille à son doigt

Et le coeur à son cou

 

Et il l'a épousée

Par une nuit d'orage

Les nuées déversaient des torrents de malheur

Et la mer démontée

En funestes présages

Répandait ses écumes et ses embruns amers

Mais il s'est enfoncé

Dans les tourbillons glauques

 

Il lui tendait les bras

Elle lui a pris les mains

Elle a étreint celui qui tant la désirait

Elle était froide et pâle

Comme un poisson marin

Il a voulu s'enfuir, mais le mal était fait

Quand il a suffoqué

L'épousée souriait.

 

Allez, à la revoyure les gens !

Par lamain - Publié dans : les articles de Noune
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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 23:22

C'était un homme.

Dans le ciel.

Ou plutôt un golem.

Un golem de nuages.

Il était en formation, ou en dispersion

Difficile à dire.

Peut-être était-il en train de se déplacer.

Ses membres éthérés s'étiraient probablement sur des dizaines de kilomètres.

Ils étaient faits de cirrus vaporeux, espacés les uns des autres.

On aurait pu le confondre avec un banal troupeau de nuages, pourtant il gardait une cohérence certaine : ici une jambe, là la seconde, un bras, le tronc...

On ne voyait malheureusement pas le haut de son corps, caché par quelques stratus informes, sans personnalité.

En tous cas, il était là, géant de nuages, parcourant le ciel bleu au dessus des usines de pluie.

C'était un homme...

 


 

pirate-avat.png

Par lamain - Publié dans : CyberPunk Café de Darfeld
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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 22:34
Ludovic était debout au milieu de la salle de test.
Une salle vide, blanche.
La lumière était vive et enveloppante, ne laissant apparaître aucune ombre.
Il n'avait absolument aucun repère visuel.
Il n'y avait aucun son non plus, à part ceux de son propre corps.
C'était comme s'il se tenait au milieu d'une sorte de néant lumineux.
La température parfaitement contrôlée avait été réglée pour son confort personnel.
Au dehors de la salle, cachés par des vitres polarisées, blanches de l'intérieur, toutes sortes de scientifiques l'observaient.
Des bio-ingénieurs, des nano-technologues, des chercheurs en informatique...
Ludovic avait l'habitude de ces tests à présent.
Cela faisait cinq ans qu'il servait de cobaye pour le projet ``Simmons''.

``Vous êtes prêt monsieur Lebihan?''
La voix du professeur Veron arrivait à Ludovic par le plafond de la salle.

``Je suis prêt.'' répondit-il simplement.

``Alors c'est quand vous voudrez.''

Ludovic se concentra alors.
Il leva une main, plus par habitude que par nécessité, et produisit une boule de feu dans le prolongement de son bras.
Elle mesurait à peu près dix centimètres de rayon.
Ludovic avait mis plusieurs mois pour la maîtriser, mais c'était maintenant devenu aussi facile que de tenir sur un vélo.
Il maintint la boule en suspension en l'air pendant quelques instants, fasciné par la sphère bleue, puis il la propulsa à travers la salle.
La sphère explosa violemment au contact du mur, emplissant brièvement la salle entière de flammes terribles.
Le bouclier magnétique de Ludovic le protégea de la chaleur suffisamment longtemps pour que le système d'aération rétablisse la température.
Il y avait une nette amélioration depuis la dernière fois :
pas besoin de soigner des brûlures au second degré.

La suite de l'exercice était moins dangereuse.
Il se concentra à nouveau, et l'obscurité se fit dans la salle de test.
Puis la lune apparut, suivie d'étoiles.
Il créa ensuite une boule de lumière, qui découpa son ombre jusqu'aux murs.
Il matérialisa enfin une rivière, et un pont.
Ces derniers n'étaient pas que des illusions :
Ludovic aurait pu se baigner dans le cours d'eau ou le traverser en marchant sur l'édifice de bois qui le chevauchait.


``Aucun signe de faiblesse. C'est très impressionnant.''
Le professeur Veron était visiblement très satisfait du déroulement de l'exercice.

``Il maintient trois illusions en même temps et est encore capable de créer un cours d'eau artificiel, qui sort du néant et qui y retourne!''

``Impressionnant, c'est bien le mot. Je vous félicite, Professeur.
Vous et votre équipe avez fait un travail remarquable!''

``Et ce n'est pas terminé, Général.'' Le professeur se tourna vers le communicateur :

``Monsieur Lebihan, passez au test ``Einsenberg'' s'il vous plaît.''

``Entendu.'' répondit Ludovic.

L'obscurité disparut, avec les étoiles, la lune et la boule de lumière.
Il assécha également le cours d'eau et dématérialisa le pont.
Puis il fit s'arrêter le temps.
Il se déplaça à un bout de la salle et laissa le temps s'écouler à nouveau.

``Téléportation?'' demanda le général.

``Non, manipulation temporelle.
Vu de l'extérieur, ça ne change pas grand chose, mais son utilisation est différente.
L'avantage ici est qu'on ne risque aucune erreur de calcul qui pourrait avoir des effets regrettables si la téléportation aboutit dans un corps solide.''

``Mais il ne peut pas sortir d'une pièce fermée?''

``Exactement, du moins si ses murs sont suffisamment épais.
La salle fait aussi partie du test :
Elle est conçue pour contenir toutes les attaques que peut produire le sujet grâce à nos nanomachines.
Et bien sûr elle ne s'effondrera pas à cause d'un ou deux coups de poings, plaisanta Veron.
Pour tout vous dire elle peut résister au crash d'un avion cargo.''

``Pourquoi une telle structure?'' demanda le militaire, faisant volontairement preuve d'un manque flagrant d'imagination.

``Essentiellement par principe de précaution.
Mais nous avons aussi un programme d'amélioration des performances physiques.''

``Intéressant, approuva le général.
Je voudrais revenir sur les illusions :
Votre homme peut-il en produire de plus élaborées?''

``Bien entendu! Monsieur Lebihan, faites nous profiter de vos talents de metteur en scène s'il vous plaît.''

``Bien Professeur.''

Ludovic fit apparaître une image de Veron et de lui-même face à face au milieu de la pièce.

``Merci pour ce bon travail Monsieur Lebihan, vous méritez une prime.'' dit le clone du scientifique.

``Merci Professeur, c'est un plaisir de travailler avec vous!'' répondit le jumeau de Ludovic.

Un rire parcourut l'assistance derrière les vitres invisibles de la salle de test.

``C'est formidable! Que peuvent encore faire vos machines?'' demanda le général enthousiaste.

``Et bien, notre homme pourrait nous entendre s'il n'était entouré que de simples murs.
Un brouillage spécial a été mis en place par besoin de confidentialité.''

``Bien sûr, bien sûr...''

``Il est également capable de se soigner ou de soigner quelqu'un d'autre à une distance de dix mètres...''

La discussion continua encore quelques minutes, de compliments en léchage de bottes, en passant par l'étalage des capacités théoriques des nano-machines du projet ``Simmons''.
Le militaire satisfait quitta ensuite la salle de contrôle.
Ludovic n'était pas censé connaître l'existence de ce personnage.
Il avait continué son exercice jusqu'à ce qu'on prenne la peine de lui dire d'arrêter.
Il ne voulait pas prendre le risque d'être découvert :
depuis plusieurs mois, il mentait sur les véritables capacités de ses nanomachines.
Il avait parfaitement suivis ce qui s'était déroulé dans la salle de contrôle.
Non qu'il soit vraiment gêné par l'implication de l'armée dans le programme de recherche.
C'était plutôt une aubaine pour lui car cela voulait dire que le programme allait continuer... et peut être même s'intensifier!
Son pouvoir allait donc croître encore.
La seule question qui demeurait sans réponse était ce qu'il allait en faire...

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Par lamain - Publié dans : CyberPunk Café de Darfeld
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