Une nuit au Pic du Midi

Publié le par lamain

Quand on parle d’astronomie, en France métropolitaine, il y a peu de sites qui rivalisent avec le Pic du Midi de Bigorre. Connu surtout pour son observatoire, il a, depuis le XIXe siècle, servi la science à de nombreuses reprises et dans des domaines aussi variés que la météorologie et… la botanique --- ce qui nous permet entre autres de savoir que les pommes de terre poussent aussi mal à 3000m qu’au niveau de la mer. Privilégiez une altitude de 1500m à la louche.

Une fleur de patate

 

Le Pic a une histoire chargée en rebondissement, que je vous invite à découvrir par vous-même et, pourquoi pas, à proposer une série historique façon “Band of Brothers” au groupe M6 ou Canal+. N’étant pas abonné, j’ai une préférence pour M6, mais c’est vous qui voyez. Mais ce dont je veux vous parler dans ce texte est bien plus concret pour moi et peut-être pour vous, avec un peu de chance. Je veux parler de la nuit que ma femme et moi avons passé là-haut.

 

Tout d’abord, il me faut souligner le caractère incongru de notre présence sur ce site qui reste encore aujourd’hui un centre de recherche scientifique de pointe, nous qui ne sommes absolument pas astrophysiciens. Nous y sommes allés en simples touristes, car c’est ce que propose l’observatoire. Il nous faut, je crois, remercier l’Etat français puisque c’est dans les années 90 qu’il décide (encore une fois) d’arrêter de financer le Pic, et force donc le site à trouver des sources de financement alternatives, en l'occurrence, le tourisme et un peu (beaucoup) de sponsoring. Le résultat est que les scientifiques ont de plus en plus de mal à trouver le temps de “faire de la science” et passent plus de temps en recherche de fonds, mais aussi que nous allons pouvoir, nous simple badauds, profiter du ciel exceptionnel de l’endroit, ainsi que d’une partie des installations astronomiques. Pour faire court : *_*

 

Notre voyage commence avec un petit accroc : Nous sommes Mardi, 9h30, et nous nous apprêtons à faire route pendant cinq bonnes heures quand je reçois un message du Pic : Suite à une maintenance du téléphérique, la soirée est annulée. Fébrilement, j’appelle donc l’organisme de réservation pour voir s’il est possible de décaler à un autre soir. Fébrilement, car nous avions déjà tenté de passer une soirée là-haut, deux ans auparavant, tentative qui s’était soldée par un malheureux fiasco. Bon, finalement, notre réservation est décalée au Jeudi soir. (nous n’avons pas eu le choix dans la date)

 

La Mongie

 

Le Jeudi, donc, nous arrivons à La Mongie, station de départ pour le téléphérique, en nous demandant quelles tuiles allaient encore nous empêcher de réaliser notre projet. Il est 14h, la dernière montée est a 16h30… nous profitons un peu de l’espace la Mongie pour nous dégourdir les jambes, mais je ronge mon frein. Je veux être en haut, avant qu’un incident nous empêche encore une fois de monter. Finalement, nous embarquons vers 15h30, après crêpe, gaufre et promenade digestive. Le ciel est bleu et prometteur, le paysage est sublime, je me sens enfin optimiste.

L'observatoire du Pic du Midi

 

On nous donne rendez-vous à 17h30 pour la remise des clefs des chambres, ce qui nous laisse largement le temps de profiter du paysage. 

La vue depuis le pic

 

Ensuite, rendez-vous vers 18h30 pour un petit pot d’accueil, et des explications sur le programme. Nous visitons le musée du Pic en attendant. 19h30, on se met à table, mais 19h45, le coucher de soleil n’attend pas, et nous arrivons juste à temps sur la plateforme ouest pour voir l’astre du jour plonger sous la ligne d’horizon. Le ciel est multicolore, les nuages forment une mer blanche ondulée dont émergent d’autre pics tel des récifs aériens…

Coucher de soleil sur les Pyrénées

Bref, on en prend plein les yeux pendant plusieurs minutes. Par contre, il fait froid. Nous avions anticipé qu’il ferait peu chaud, et nous avions donc pris pull, manteau, écharpes et bonnets. Mais à vrai dire, nous avions un peu sous-estimé la nuit à 3000m, et la plateforme ouest est venteuse. Néanmoins, je pense que nous sommes resté au moins vingt bonnes minutes devant ce spectacle, avant de retourner à notre repas.

 

Coucher de soleil sur les Pyrénées bis

 

Ce dîner, tiens, puisqu’on en parle, était très bon. Je ne suis probablement pas impartial, vu que j’aime beaucoup la viande de canard, et qu’il y en avait à l’entrée et au plat principal. Le vin était bon, l’accompagnement également… Mon seul reproche serait que le dessert était trop quelconque, mais franchement, c’est du chipotage. Et puis, il était accompagné de champagne, donc on pardonne facilement.

 

Puis, vient enfin le moment attendu : l’observation ! Nous sommes sur la grande terrasse au centre du complexe. Philippe, notre montreur d’étoile, a installé un télescope modèle Dobson avec un miroir de 500mm. C’est la taille du miroir qui est importante, nous répétera-t-il, pas le grossissement. Il ne faut jamais grossir ! Grossir, c’est perdre de la netteté, de la lumière, bref, c’est nul. Il connaît son affaire Philippe, et pendant plusieurs heures il nous montre des nébuleuses planétaires, des étoiles rouges, jaunes ou bleues, des amas globulaires ouverts et fermés, les dentelles du Cygne, la nébuleuse d’Orion, Uranus et Neptune accompagné de Triton. Il nous guide à travers le ciel, nous montre les constellations dont nous retiendrons quelques-unes, et répond à nos questions plus ou moins farfelues. Dans mon coin, j’essaie de capturer le ciel nocturne… Le résultat fut mitigé, voire décevant, car mes réglages approximatifs et expérimentaux gâchent quelque peu l’entreprise.

Le cygne.

Néanmoins la soirée… Non, la nuit est fantastique et les heures défilent et nous tenons bon malgré le froid. Seule “ombre” au tableau : Le bâtiment interministériel, dont les lumières gâchent le nord de notre ciel, ici, en plein coeur de la récente réserve de ciel étoilé qui est censée protéger les nuits du Pic depuis 2013, et impose à toutes les stations et villes à 400km² à la ronde un cahier des charges assez précis en matière d’éclairage urbain, au demeurant bien suivi… Sauf sur l’observatoire lui-même, phagocyté par ces locaux de l’Armée et de la… Télévision française, qui n’en ont manifestement cure. Un vrai scandale.

Le bâtiment interministériel parasite le ciel de l'observatoire

 

A ce moment du récit, je dois avertir les personnes non-averties sur ce qu’on peut voir effectivement dans un télescope, ou la première fois risque d’être une déception. Vous ne verrez pas les couleurs chatoyantes des nébuleuses sur les photos d'astronomie.  Les nébuleuses planétaires seront petites et vertes (ou bleues), les nébuleuses diffuses apparaîtront comme des nuages gris. Ne vous inquiétez pas, ça vaut quand même le coup de s’attarder à les regarder ! Vous verrez en revanche très bien les amas globulaires, et Jupiter et Saturne pourront apparaître avec un luxe de détails et couleurs, pourvu que vous ayez un outils adéquat (un peu de grossissement est tout de même nécessaire pour voir ces objets dans toute leur splendeur, mais ne dites pas à Philippe que je vous ai dit ça !).

 

Nous finissons par déclarer forfait après 3h du matin. Nous rentrons dans nos chambres en frissonnant, pour nous reposer une courte nuit : Le soleil se lève à 7h45, nous ne pouvons rater ça ! Jedois avouer que je dors assez mal. Entre excitation, problème personnel de rhinite et inconfort relatif dû à un matelas trop mou, je ne sais pas si j’arrive à dormir plus d’une heure. Le réveilme tire finalement d’un sommeil trop court, et nous repartons affronter le froid pour aller contempler un magnifique lever de soleil, qui fait écho au coucher de soleil précédent. Puis nousallons prendre notre petit déjeuner. Il nous reste un peu de temps avant pour rendre les clefs de nos chambres, à 9h. Pas vraiment assez pour dormir, juste assez pour prendre une douche et fairenos valises. Mais notre séjour n’est pas fini ! En salle de conférence, Philippe, notre guide des étoiles, nous fait la démonstration de quelques logiciels d’astronomie gratuits, et nous passe un court documentaire sur la pollution lumineuse et la réserve du Pic du Midi. Puis il nous emmène faire le tour des installations scientifiques, autrement interdites au public.

La plaine vu du Pic du Midi, la nuit

 

La première étape de la visite est la coupole Ouest, qui abrite le télescope Bernard Lyot, le plus gros télescope en France métropolitaine. Avec un miroir de deux mètres de diamètre, l’engin est imposant. Grace au spectropolarimètre --- un mot barbare --- NARVAL, il est le seul instrument au monde à étudier le magnétisme des étoiles. Pour nous, ces outils signifient surtout que la coupole est réfrigérée, pour que sa température ne dépasse pas celle de l’atmosphère extérieure au coucher du soleil, pour ne pas perturber les mesures. Il fait donc plutôt frais en haut, alors que la température au soleil est maintenant très nettement remontée.

Le Télescope Bernard Lyot

 

La seconde étape justement, est la coupole des coronographes. un coronographe est un outil permettant d'observer des éclipses totales artificielles du soleil, dans le but d’étudier la couronne solaire. La coupole est également équipée d’un télescope à filtre solaire pour étudier l’activité de surface de notre étoile. Ce sont des amateurs qui s’occupent de ces instruments, qu’ils ont d’ailleurs mis au point eux-mêmes. Par amateur, j’entends bien sûr des gens pour qui l’étude solaire est une passion, et qui font ça en plus de leur travail respectif. Leurs travaux au Pic du Midi sont importants, car en cas d'éruption solaire, ils doivent donner l'alerte pour que les satellites artificiels qui rendent possibles pêle-mêle la téléphonie mobile, le guidage GPS, une surveillance et des prévisions météorologiques précises, et beaucoup d’autres choses que je n’ai pas en tête, puissent se mettre en position de recevoir et de survivre au déluge de particules qui accompagne le phénomène. Ce travail n’est qu’une petite partie de leur activité, qui  est principalement de recueillir le plus d’information possible sur notre étoile et de mettre ces informations à disposition pour que des scientifique puissent les analyser. Ces passionnés ne reçoivent aucun salaire pour ce travail à plein temps, et l’Etat a décidé qu’il ne payerait même plus pour les nourrir, de sorte que jusqu’à ce qu’une association s’en occupe, il était même coûteux pour ces bénévoles de venir au Pic.

Les coronographes

 

En parlant de financement, plus tôt sur notre parcours, nous avons croisé le départ du Pic du Midi de “Science en marche”, une manifestation contre la dégradation du soutien à la recherchefondamentale en France ( http://sciencesenmarche.org/fr/ ).

La marche pour la science

 

Notre dernière étape est la coupole la plus à l’Est du complexe, qui abrite entre autres une lunette avec un filtre solaire, cette fois-ci rien que pour nos yeux, ce qui permet de clore notre séjour sur une dernière observation directe. Je vous donnerais bien mon avis sur la qualité du spectacle, mais j’ai peur de me répéter.

Le soleil!

Toujours est-il que nous restons un assez long moment sous cette coupole. un peu trop long peut-être, puisque nous manquons d’une bonne heure le dernier téléphérique de la matinée ! Tant pis, nous profiterons donc un peu plus de la terrasse, en prenant un sandwich à la cafétéria du Pic.

 

Nous finissons par rejoindre la Mongie vers 15h, fatigués, mais pleinement satisfaits de notre passage au Pic. Je conseille vraiment cette expérience à tout passionné d’astronomie [Note de L’éditeur: et moi je la conseille aussi à tous les curieux de nature et de ciel, toutes les âmes de poètes et de rêveurs, tous les apprentis scientifiques, aux enfants, aux adultes et à tous les autres ! ]. J’aurais toutefois quelques conseils si vous prévoyez d’y séjourner :

 

  • Faites attention à vos dates!!! Et réservez longtemps à l’avance, si vous comptez y aller en Juillet ou en Août. Si vous y aller hors saison, vous pouvez vérifier la météo pour la semaine suivante et attraper une réservation : Faites le!
  • Essayer d’éviter les périodes de maintenance du téléphérique, si possible.
  • Prenez des vêtements CHAUDS, même en plein été !
  • Prévoyez de dormir pas trop loin de la Mongie, le lendemain…
  • Si vous voulez faire des photos du ciel nocturne, faites vos essais avant de monter…
  • il est possible de monter au Pic à pied, et surtout d’en descendre, mais il faut préparer ce trajet à l’avance, c’est une bonne randonnée.
  • Il est possible d’apporter son propre matériel d’observation.

 

Et dernièrement, si l’envie de monter et de manger là-haut vous tente mais que l’astronomie ne vous passionne pas, prenez plutôt une formule “soirée au Pic”. Vous libérerez une place pour un vrai amateur, un qui s’extasiera sur ce qu’il verra et qui ne pourra pas aller se coucher avant de tomber de sommeil ! ( Et Philippe sera content :) )

 La sortie de La Mongie

 

(ps : Malgré mes efforts répétés, cet article refuse de garder la mise en forme que je veux lui imposer... Je dois dire que c'est assez pénible.)

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