les articles de Noune

Lundi 9 mars 2009
Bonjour la compagnie !

Dans la série exercices de style en duo, voici maintenant les textes paralèlles ! Vous comprendrez aisément le but du jeu en lisant les deux textes en question, mais comme dans l'immédiat vous n'aurez que le mien, je vous explique : il s'agissait simplement d'écrire un texte, chacun de son côté cette fois, en partant de la même phrase. Voilà la bête :


Tout le monde connaissait Jérémy, mais personne ne pouvait prétendre vraiment savoir qui il était. De son passé, on ne savait rien, de son présent, bien peu de choses. On pouvait souvent le voir, lorsque le vent salé de la mer s'engouffrait dans les rues de la vieille ville et allait s'essoufler sur le parvis de l'église, errer par le pays, comme un duvet qu'un invisible courant promène. Je me souviens que grand père disait toujours en le voyant "Voilà Jérémy qui nous apporte la pluie!"
Et bien souvent c'était vrai.
 Il semblait un vieil homme de loin, avec ses houleux cheveux gris et sa démarche chaloupée de marin à terre. Mais qui l'approchait plus ne savait dire s'il se trouvait en face d'un ancêtre ridé ou d'un jeune garçon. Mes aïeux disaient que le vent faisait frémir les plis de sa peau, comme des vaguelettes à la surface d'une eau calme.
Mais ce qu'il y avait de plus frappant chez Jérémy, c'était ses yeux ; parfois gris de plomb, parfois d'un bleu presque irréel, on aurait pourtant eu du mal à définir leur véritable couleur. Quand ces yeux-là vous regardaient, vous aviez l'impression d'une force infinie, de quelque chose d'autre, indicible et d'une beauté sans équivoque, tout l'exploit de l'existence contenue dans deux prunelles.

Jérémy parlait d'une voix profonde et vibrante qui faisait penser au son d'une corne de brume ; et il avait l'avantage de ceux qui parlent peu mais avec assurance, qui est que tout le monde les écoute.
Qui avait su en premier son prénom ? Je ne sais pas, et je doute même que quelqu'un le sache encore. Quel métier exercait-il ? Avait-il une famille ? Etait-il marié ? A chacune de ces questions répondaient bien des rumeurs, mais la vérité, personne ne la connaissait. Il était simplement Jérémy, cela suffisait.

Et puis un beau jour, Jérémy a disparu. On raconte beaucoup de choses sur sa disparition, certains parlent de suicide, de meurtre, mais personne n'y croit vraiment. En fait, la plupart des gens pensent qu'il reviendra, tout simplement parce qu'il avait toujours été là.
Moi, je sais ce qu'il est devenu. Je l'ai vu partir. C'était au petit matin, sur la plage brune d'algues ; la tempête avait fait rage toute la nuit, et je n'aime rien tant que ramasser les trésors remontés que la mer en colère jette sur la grève, comme un enfant gâté. Le ciel encore lourd de grisaille commençait à claircir, les vagues fatiguées roulaient mollement sur leur dos, chevauchées de quelques écumes blanches qui sautaient sur le sable. Une brume allait s'épaississant, poussée vers la terre par un souffle de vent. On entendait que le chuchotement proche et lointain de l'océan revêche. Je marchais entre les rochers incrustés de bernacles, sentant crisser le sable sous mes pas, et c'est en levant la tête un instant que je l'ai aperçu, reconnaissable entre tous. Il se déplaçait lentement, oscillant un peu comme un homme las. Il tirait derrière lui une barque de bois presque aussi terne que les roches, presque aussi sombre que les algues. Il est arrivé au bord de l'eau, a poussé le bateau devant lui, s'est enfonçé dans les vagues jusqu'à mi cuisses, puis a enjambé le rebord bombé et s'est mis à ramer vers le large, peu à peu effacé du paysage par le brouillard plus dense. Un instant, j'ai cru le voir se retourner vers moi, mais peut être n'est-ce qu'un effet de mon imagination.

C'est ainsi que s'en est allé Jérémy, l'homme de l'océan ; depuis, il me semble que les jours venteux ne sont plus aussi vivants, ni les tempêtes aussi belles et majestueuses qu'autrefois.
Par lamain
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Mardi 16 décembre 2008
Amis, amies, très chers et chères, voici venue l'heure de productivité tri-annuelle de Noune. Aujourd'hui au programme, je vous propose un mets de choix, dont l'origine traditionnelle et folklorique n'altère ni l'aspect appétissant, ni la saveur ; accomodé à toutes les sauces, servi chaud, tiède ou froid, arrangé à la mode de tous les pays, toutes les régions, tous les terroirs, je vous propose donc aujourd'hui de parler (ou plutôt de me lire parler) du temps.
    Sujet d'actualité s'il en est ! A l'heure où Mythologik rêve socio-politique et déchéance post apocalyptique, où Ben se noie dans la foule immense de ses clients venus chercher un peu de réconfort dans ce monde en déroute, ou Lilith se terre dans un trou au beau milieu d'une France profonde qui cherche péniblement à s'extirper de son grandiose isolement, où Darfeld succombe progressivement à une masse aussi impressionnante qu'inutile de rapports à rendre à des supérieurs assoiffés de pouvoir, où les professeurs et les élèves épuisent en chants de noël leur voix contre les réformes gouvernementales, où rendre la TNT disponible à tous les foyers de France est un objectif à court terme, où Obama ronge son frein, impatient de remplacer le Buisson à la barre d'un Etat bourré de clivages, où le choléra tue des milliers de personnes en Guinée Bissau, où quatre cyclones en trois semaines ont ravagé Haïti, où l'on se dit "encore ?" lorsqu'un Tsunami est annoncé à la radio, où le monde scientifique et les statins de ski s'inquiètent du réchauffement climatique, Noune, votre serviteur, se les gèle.

Rien de bien extraordinaire à cela, me direz-vous, du haut de votre sagesse, et vous aurez bien entendu raison ; et justement ! Il est là, le scoop ! Depuis combien de temps n'avions nous pas eu de telles températures au mois de décembre ? N'avions nous pas eu un printemps et un été capables de remplir les nappes phréatiques dans le sud ouest français ? N'avions nous pas eu des arbres jaune en automne ? Bon, je vous l'accorde, cette dernière donnée a manqué seulement l'année dernière. Mais pour les autres, vous conviendrez que ça fait au moins quatre ans.

Cet hiver (ou cette fin d'automne, je vous laisse le choix du terme) m'amène à me poser de nouvelles questions sur notre avenir, et celui des générations à venir. Mes arrière-petits enfants exploreront-ils en plongée sous-marine Brest et Saint-Malo, comme de nouvelles Atlantides ouvrant de nouveaux formidables marchés touristiques ? Fêteront-ils noël autour d'un palmier plutôt que d'un sapin ? Notre ciel se peuplera-t-il d'hirondelles même en décembre ? Les atols disparaîtront-ils sous les eaux ? Les cadavres d'ours polaires et de manchots flotteront-ils sur les flots avant d'être engloutis par des orques déréglées ?
Ou bien feront-ils du ski sur Montmartre, partiront-ils voir les morses à l'île d'Oléron, mangeront-ils des fruits importés, faute de pouvoir encore en produire, oublieront-ils la joie de se baigner à poil en été, à moins de partir à l'équateur ?

Quoiqu'il en soit, tous ces journaleux alarmistes et culpabilisateurs commencent à me les hacher menu, ou plutôt commenceraient à le faire si j'en avais. N'allez pas croire que je suis une de ces personnes qui nient toute hypothèse, valable ou non, sous prétexte que leur monde en serait bouleversé et qu'ils ne pourraient plus dormir ; je ne pense simplement pas que l'Homme est aussi responsable qu'On le dit dans ce réchauffement qui fait refroidir la France. C'est bête mais c'est comme ça : les gens ont toujours eu une fâcheuse tendance à s'attribuer toutes les saloperies qui surviennent. Avant l'humanisme, l'Homme était coupable d'être né ; c'était une parfaite victime et un parfait démon impur à la fois, et il n'avait qu'à fermer sa gueule du mieux qu'il pouvait en attendant le Paradis. Après l'humanisme, on a eu le jansénisme ; un peu la même recette, à ceci près que la religion pouvait aider à se laver un peu les mains avant d'aller voir les anges. Si la main du destin en avait décidé ainsi. Et puis on a eu (pardonnez les ellipses) la deuxième guerre mondiale, qui a eu un effet désastreux sur le moral de l'humanité au moins occidentale, et d'où a découlé la poésie en prose, la peinture abstraite et d'une manière générale une forme de prototype du mouvement emo dans un style "l'homme est mauvais, l'homme a construit un monde où tout n'est que malheur, l'homme devrait tous se suicider".

Eh ben je suis pas d'accord. D'abord, la planète en a vu d'autres, des réchauffements climatiques, et c'était pas des trucs de pleutre. Ensuite, l'homme a quand même des côtés vachement bien. Il connaît la compassion, la tolérance, la solidarité, l'amour, l'amitié, le Beau, il sait cuisiner, faire de la musique, des poèmes, des histoires ; il a tout plein de trucs en stock dans son savoir-faire, il PENSE, mesdames et messieurs. Il a une CONSCIENCE, et ça, c'est parfois pourri, mais n'empêche que je sais pas pour vous mais moi, dans l'état actuel des choses, j'aime bien. Ne serait-ce que parce que c'est vachement mieux de faire l'amour quand on le sait !
Ca ne veut pas dire que je suis contre les actions de développement durable et tout ; au contraire ! Si ça c'est pas une preuve de l'utilité de la conscience, et qu'au fond l'humanité n'est pas nulle, alors je ne sais pas ce qu'il vous faut.


Noune, d'humeur philanthropique
Par lamain
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Lundi 15 septembre 2008
Chers lecteurs, chères lectrices, chers êtres du troisième type, bonjour.
    Le récent article de notre ami commun Ben le Poète Barman n'a pas été sans me rappeler une coversation intéressante et constructive que nous eûmes, certains collègues et moi-même, il y a peu. Vous allez vite comprendre pourquoi l'évocation du doux dingue Astragan me remémora la chose : il était sujet d'une chansonnette que vous devez tous connaître, en tant qu'anciens enfants, "une souris verte".

Pour l'improbable et unique ignorant qui viendrait peut être à passer par là, je fais un petit rappel. Cette comptine, sur un air basique et une rythmique simple, se pratique de la sorte :

Uneuh souris veee-rteuh
Qui courait dans l'heee-rbeuh
Je l'attrappeuh par la queue
Je la montre à ces messieurs

Ces messieurs me diii-seuh
Trempez la dans l'huiii-leuh
Trempez la dans l'eau,
ça fera un escargot
tout
chaud !


d'aucuns annexant à ce tronc commun trois petites strophes des plus cocasses, que voici :

Je la mets dans mon chapeau
Elle me dit qu'il fait trop chaud ;

Je la mets dans mon mouchoir
Elle me dit qu'il fait trop noir ;

Je la mets dans ma culotte
Elle me fait trois petites crottes !

Bien. Maintenant que tout le monde est au point, nous pouvons aborder l'analyse critique de cette obscure chanson, qui je le rappelle est destinée aux enfants.
   La couleur insolite de la souris attire de suite l'attention de l'auditeur ou du lecteur attentif ; en effet, a-t-on jamais vu une souris prendre une telle teinte ? Non, cela va de soi. Le vert est donc à l'évidence une couleur délibérément choisie par l'auteur ; hautement symbolique, elle n'est pas sans évoquer la paix, l'harmonie, le bonheur des sims, mais aussi la nature et le développement durable. On peut facilement l'associer à l'herbe du vers suivant. Plusieurs hypothèses s'offrent alors à nous : la souris peut être l'incarnation du mouvement écologiste, ou un message de paix universelle adressé par les extraterrestres ( qu'on appelle communément les "petits hommes verts", si c'est pas un signe, ça, alors qu'est ce que c'est ) ; malheureusement, ces hypothèses sont réfutées par le facteur temps : en effet, "une souris verte" semble être un hymne sorti tout droit du fond des âges, repris en choeur par des centaines de millions d'enfants des générations précédentes, et ne saurait donc prendre en compte des éléments aussi récemment apparus dans l'humanité que les extraterrestres ou les écologistes.
  Il semble donc plus sage de se pencher vers une troisième hypothèse, celle du "gros tripp". Ainsi, l'herbe renverrait à l'un de ses synonymes argotiques, la "beuh", également désignée par le nom de marijuana, plante dont les feuilles séchées sont interdites à la vente ainsi qu'à la consommation, au contraire de son cousin le tabac, qui lui, n'est pas réputé pour provoquer des hallucinations chez ses consommateurs.  Cette hypothèse n'est pas infirmée par la couleur verte de la souris ; on peut voir en la souris verte une variation du célèbre "éléphant rose".
    La suite de la chanson, relativement mystérieuse, est un peu éclaircie sous cet angle d'approche : on peut aisément imaginer attrapper une souris, même verte, par la queue ( je ne développerai pas ici l'aspect symbolique de la queue, dans le soucis de préserver la sensibilité des plus fragiles, qui feraient bien de ne pas poursuivre d'études littéraires, où décidément on en voit de belles ) ; mais comment un groupe de plusieurs personnes, a priori saines d'esprit ( du moins rien ne laisse supposer le contraire ), peut-il se complaire à conseiller telles atrocités que plonger le pauvre rongeur dans l'huile et dans l'eau ? Surtout sous le prétexte absurde d'une expérience soi-disant scientifique d'en faire un "escargot tout chaud". Quel intérêt peut-on bien trouver à changer une souris en escargot chaud ? Tout cela a tendance à révolter la logique, vous en conviendrez, et joue en faveur de l'hypothèse du "gros tripp".
    Le couplet ajouté apporte, si on en exclut les abjectes références scatologiques, une certaine note d'espoir : en effet, le narrateur décide finalement de ne pas tremper la souris, mais de la ranger. La réaction peut à la rigueur sembler raisonnable, même si à l'évidence, le narrateur gagate un peu : un chapeau ne sert pas à ranger des objets, sauf peut être des lapins, et un mouchoir non plus, à l'exception des colombes. Laissons également de côté le fait que le narrateur entende la souris parler, et nous voilà en présence d'une personne parfaitement saine d'esprit et de corps.
Il n'en reste pas moins que l'hypothèse solide du gros tripp fait de cette chanson une comptine étrange et fantasmagorique, je dirais même malsaine ; mais ne vous inquiétez pas, les enfants entendent des choses bien pires que des délires de drogués ! La prochaine fois je vous parlerai de Charles Perrault.

Par lamain
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Mercredi 2 juillet 2008

Diable, ça faisait un bail, mes petits loups, que rien ne s'était passé ici ! Pour dépoussiérer un peu, je me décide à vaincre momentanément ma flemme pour vous donner des nouvelles plus ou moins nouvelles de ma vie. Vous allez voir, c'est épatant. Mais je ne vous dirai pas tout aujourd hui, sinon ça sera trop long pour vos yeux tous tristes et fatigués.

D'abord, il y a eu le voyage à Berlin, en petit comité de quinze personnes toutes issues d'un milieu scolaire parisien privilégié parce que situé juste en face du cinéma, j'ai nommé le collège / lycée / prépa ( pour les masochistes qui en veulent encore ) Jules Ferry. Je vous parle d'un temps révolu, un temps où j'allais encore en cours chaque matin, munie d'un énorme trieur mélangé et quelque peu éparpillé, un temps où je pouvais somnoler à loisir sur une chaise, un sol, un radiateur, une place de transport en commun, ou encore debout, tout est possible, il suffit d'un peu d'opiniâtreté. Bref, un temps où je n'étais pas en vacances. Je vous rappelle que j'introduis un voyage à Berlin, qui commença par un périple chez une célébrité, une idole, un idéal étudiant ( c'est en tous cas ce qu'on aurait pu croire en étudiant l'étincelle de jubilation et le désir ardent d'un rapport détaillé allumées immédiatement chez mes camarades, à l'évocation de mon squattage ) ; vous qui êtes si vifs, je le sais, depuis le temps, vous avez reconnu la prof d'allemand. Eh bien figurez vous que son appartement ne contient pas d'immense bibliothèque recouvrant les murs, que sa fille est fort sympathique, qu'elle a presque notre âge, à nous les jeunes ( la fille, pas notre professeur ), que ses chats sont charmants, et ( information qui m'a, pour une raison que j'ignore, systématiquement et aussitôt été demandée ) que nous avons mangé du poulet. Je suis sûre que ça vous en bouche un coin, à vous aussi.

Bref.

Etant donné l'heure plutôt matinale du départ, il a bien fallu que nous nous levions avant l'aube ; et Paris by night sans personne dedans, ça vaut le détour. Mazette, quelle ambiance ! On se serait cru sur le plateau de tournage de Harry Potter : les ombres et les lumières oranges se mélangeant dans les coins, se complétant, se poursuivant sur les pavés, les grands murs de pierre des immeubles haussmaniens et leurs motifs taillés, les barrières de fer forgé des ponts et l'eau miroitant mystérieusement, large et solennelle dans sa robe de couleuvre...

Du coup, on a tous pioncé allègrement dans l'avion. En plus on se connaissait assez mal, malgré l'année passée côte à côte. Et par là dessus on est arrivé sur le sol berlinois, sous un soleil radieux ( parfaitement ! C'est le Berlin Power ), ambiance de colonie de vacances, grand trajet en bus et errance dans la rue de l'hôtel qui nous crevait trop les yeux pour qu'on puisse le voir. Après avoir négligemment entassé nos bagages dans un local bizarre, nous voilà partis pour une journée épuisante de marche, à travers trois musées, d'innombrables rues, et le métro Berlinois. Ce qui m'a valu d'avoir un mal de chien aux pieds et aux jambes pendant quatre jours sur cinq.

Je vous passe les détails du séjour, les kebab, les parties de loup garou à la terrasse d'un café, les fins de soirées entassés dans la chambre à essayer de terminer une bouteille de rakmaninov orange fluo acheté dans un kiosque de métro, le soleil, les visites, les galeries de peinture splendides, les invasions d'esclaiers et de bancs dès que l'occasion se présentait de s'y asseoir, les autres touristes, les Allemands, les trajets nocturnes dans les transports presque déserts, et tout et tout, tout ce qui fait le Berlin Power. Laissez moi juste vous raconter le gros de la meilleure soirée ( élue à majorité ), l'escapade au Schlachtensee ( der See signifiant le lac ). Fin du quatrième jour, dernière soirée du séjour ; soleil énorme toute la semaine, nuit précédente courte, kilomètres de marche dans des chaussures fines, pieds plus aplatis que jamais par le goudron ; et enfin, quartier libre ! Après avoir été acheter quelques pizzas et quelques bières en ville ( à des prix défiant toute concurrence : à Berlin, on mange pour rien ! Berlin Power ), le groupe de joyeux drilles moulus que nous formions ( pas tous les quinze, mais à peu près la moitié ) a pris le rer pendant des lustres, pour s'extirper de l'agglomération et gagner la banlieue berlinoise. Les bouteilles tintaient, les pizzas refroidissaient, et puis nous sommes arrivés. Le grand calme, des arbres partout, et la flotte au milieu. Nous nous sommes installés sur une plage un peu fréquentée, mais le premier match de la coupe d'Europe de football se disputant en Allemagne ce soir là, on peut dire que nous étions peinards. Un junkie est venu nous demander à boire, apparemment il avait déjà trouvé à fumer. Il est resté un peu, l'air doux et con, souriant aux anges, et puis il est parti. Nous nous sommes baignés, et je ne sais pas combien d'entre vous se sont déjà baignés dans un lac, mais c'est le pied ! Surtout là : pas d'odeur de vase, eau claire et tiède, fond propre, air doux, pas de courant, pas de sel... Nous avons vécu, le lac et moi, une idylle ; c'est le lac de ma vie. Et on a fait un sort aux pizzas. Et la soirée s'est terminée, avant de rentrer, par un amnésia ( vous savez, ce jeu avec une carte sur le front, où l'on doit deviner qui on incarne en posant des questions, auxquelles les autres répondent par oui ou non ) alors que la nuit tombait, puis était tombée. J'étais Marylin Monroe.

Franchement, je peux vous dire que nous serions bien restés quelques jours de plus à faire les cons tous ensemble à Berlin, c'est aussi ça le Berlin Power. Mais il a fallu rentrer, et on a eu droit à un coucher de soleil du tonnerre. Si j'en retrouve, je vous mettrai une photo ( c'est assez développé, comme chute, ça ? je le saurai au vu des commentaires ).

Par lamain
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Jeudi 1 mai 2008

 Le bruissement des ondes, les frissons qui glissent en ombres sur le mur,

 

Mouvement perpétuel et fixe, comme une image de train devant des réverbères.

Les vagues tendent en diagonale la lumière incertaine qui les fait apparaître.

Fenêtre de verre, grand volume strict et transparent, qui montre comme un morceau d'ailleurs,

Avec sa propre vie, sa propre lumière, sa propre apesanteur.

Éclatement des couleurs, vives et douces à la fois, riches de formes et légères dans les ombres discrètes.

Surface argentée, mouvante, irréelle, miroir de ce qu'elle couvre.

Éclair brillant, mouvement vif, tourbillon d'ailes déployées, chatoiement d'écaille

Vol gracieux dans la lumière liquide, précieux joyau dans un écrin de chlorophylle.

Silence troublé par la fontaine.

Vie lente rehaussée de danses éthérées.

Bulles de diamant pur, serties de dentelles délicates en flottement de nuage.

Arabesque de bois, doucement veinée d'ombre.

Flamboiement soudain, étalé en larges langues rouges ou élancé, ciselé, à l'assaut du ciel.

Par lamain
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Mercredi 16 avril 2008

mes frères, mes soeurs, en ce jour béni, le CHRIST ( Comité Héroïque de Recrutement International pour la Sainte Trinité ) vous convie à partir de 18 heures en la maison de Dieu pour une grande scéance d'illumination. La réunion aura lieu dans toutes les églises et cathédrales de France, et débutera par une prise de conscience dans une ambiance éthérée de chants grégoriens élévateurs et de fumées révélatrices, puis, lorsque chacun aura reçu son illumination, nous procéderons à un grand Appel lithurgique afin d'entrer en communication avec Dieu et atteindre l'Ultime Vérité.

Le CHRIST a réuni tout son personnel diplômé et expérimenté pour assurer le bon déroulement de la soirée. La scéance d'illumination sera suivie d'un apéritif offert par nos sponsors la Piquette du château et le Bon Pain Blanc, chaîne de boulangeries depuis 1947.

Venez nombreux ! au nom du Pair, du Fisc et du Sain d'Esprit, amène toi.

mgr. Dubrouillon, évêque de Clos Renoir, Larzac

 

 

" Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie du Créateur. Les bureaux sont ouverts du lundi au samedi, de 10h à 12h et de 16h à 18h, en conformité avec les horaires des services postaux. Toutefois, vous pouvez consulter notre site internet pour toute information nous concernant. Le Ciel vous remercie de lui porter votre confiance. "

" Salut p'pa, c'est Jésus, c'est pour savoir si tu peux venir me chercher à Rome, ça craint ici, Pilate dit qu'il va me faire crucifier. rappelle moi, j'ai plus de forfait."

" vous êtes bien sur la messagerie de : JC. votre interlocuteur n'est pas disponible pour le moment ; merci de laisser un message après le bip sonore. Une fois votre message terminé, vous pourrez le modifier en tapant dièse. "

" Jésus, c'est papa. Je suis bloqué dans les embouteillages, là, ça bouchonne encore aux portes du Paradis, avec tous ces couillons qui apprennent à voler. Faut que je pense à faire le tour aux heures de pointe. Ecoute, laisse Ponce te crucifier, n'oublie pas que si ça se fait, c'est que dieu le veut, fiston. Mes voies sont impénétrables, hohohohoho ! Je passe te prendre dès que je suis décoincé. et change cette messagerie, ça te fait une voix de tantouze. "

" Allô ?

- Jésus, c'est papa, je suis à Rome, t'es où ?

- au cimetière, dans le tombeau tout neuf.

- Ok, j'arrive. "

" Salut, c'est JC, je suis pas là pour le moment, alors laissez moi un message, et rappelez plus tard, j'ai plus de forfait. De toutes façons je reviendrai bientôt, promis ! Allez, ciao, peace and love, mes frères ! "

" jésus, c'est Judas, écoute, je m'excuse pour la dernière fois, j'ai pas fait exprès, je t'ai déjà dit que j'étais bourré. Tu vas pas me faire la gueule comme ça pendant mille ans, quand même ! Allez, répond la prochaine fois que je t'appelle, on va faire un hand avec les autres, mais ça va encore finir en fight si tu viens pas arbitrer. Et on pourra tourner, tu toucheras la balle aussi ! bon, je te rappelle."

" allô Jésus, c'est maman. Ton père et moi on s'inquiète beaucoup, tu as dit que tu rentrerais pour dîner et ça fait déjà douze ans depuis ta résurrection. Je sais bien que tu as besoin de passer du temps avec ton saint père, mais pense aussi à nous, mon poussin, descend nous voir de temps en temps, ou appelle nous, écris nous, envoie nous un mail, qu'on sache que tu vas bien. Ton père est très content pour Madeleine, tu sais, pas besoin de te cacher si c'est ça. bisou mon lapin, on t'aime très fort. "

Par lamain
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Jeudi 27 mars 2008

je n'ai pas tout de suite remarqué la chose. Il était tôt, il faisaitencore nuit en cette heure matinale à laquelle le réveil m'avait sauvagement tirée du lit.

Je posai machinalement mes lunettes sur mon arête nasale, me grattai la tête, baillai, et sortai de mon lit avec un grand sentiment de regret. La descente vers la cuisine fut longue, froide et silencieuse. Mes pieds glissés dans de vieux chaussons avançaient d'eux mêmes. Lumière aveuglante pour se réveiller les yeux, petit déjeuner identique, rituel apaisant du trop tôt levé, fin de sommeil, mise en éveil. L'eau bout, le sucre fond, se mêle aux volutes théinées diluées bientôt dans un nuage blanchâtre de lait demi écrémé pasteurisé en brique, qui éclabousse quand on le verse. Le bol est trop chaud, les tartines aussi. La manche du peignoir sert de sous tartine. Quelques pas jusqu'à la table ne brûlent pas.

Remontée au premier étage, où les autres dorment encore pour peu de temps, la salle de bain devient le sanctuaire, le lieu de purification avant l'entrée dans le monde du dehors, le monde important où tout se joue, car le monde des autres, je retirai ma robe de chambre. Légère devant le lavabo, je commençai le brossage de dents quotidien ; mais ce matin-là différa par un détail infime, tout d'abord. Un sentiment ténu, insignifiant, de manque. Quelque chose n'allait pas. Et soudain, je compris.

Le miroir m'avait trahie. Ce fidèle objet, intraitable et impitoyable d'ordinaire, m'ignorait. Il ne renvoyait plus mon reflet ébouriffé ; le haut du pyjama que je sentais surmes épaules, la brosse entre mes doigts, la mousse sur mes lèvres étaient bien visibles, eux. Ils semblaient flotter au milieu de la salle de bains, animés d'une vie propre. Ils flottaient vraiment ! Mes yeux fixèrent stupidement mes lunettes sans rencontrer mon regard, que j'avais joué étant jeune à ne pas croiser, sans tout à fait y parvenir, et même je m'étais amusée à tenter de me voir les yeux clos. Puis, la brosse à dent fit quelques éclaboussures en tombant de mes mains. Je fermai les yeux de toutes mes forcesen me concentrant sur le réveil qui allait sonner. Mais le silence seul continua de m'affirmer que je ne rêvais plus. Alors je finissais au plus vite ma toilette, en m'efforçant de ne pas regarder la glace, d'oublier même ce qui s'était passé.

Et tu y parvins. Tu t'habillas avec soulagement, car tu pouvais encore voir tes membres. De ton corps, seule la face manquait. Tu étais devenue un être sans visage. Pourtant à l'extérieur, au milieu des gens, personne ne sembla y faire attention. Les autres dans le bus, le train, le métro, dont tu attendais encore le regard avec angoisse, ne te regardaient pas et ne semblaient pas voir ton amputation. Pour eux tu étais comme d'habitude. Mais ce qui acheva de me rassurer pendant le jour fut que mes amis me voyaient toujours. Je ne parlai à personne de cet événement du miroir, et finis par me persuader que j'avais rêvé et par l'oublier. Devant le monde j'étais normale, j'étais quelqu'un. Devant le monde j'avais un visage.

Mais le soir tu dus te rendre de nouveau à cette épouvantable évidence : tu étais devenue invisible à toi-même. Tes parents t'avaient trouvée pâle. Le miroir ne te trouva pas.

Les jours se succédèrent sans que tu puisses encore une fois te voir ; alors je commençai à douter du regard des autres. Peut-être voulaient-ils te faire croire qu'ils te voyaient pour ne pas t'inquiéter ? Tu en vins à vouloir qu'ils te trompent, tous ces gens qui te voyaient mieux que toi. Tu leur demandas un matin, à tous séparément, quel visage tu avais. Leurs réponses te persuada qu'ils mentaient bel et bien : d'après l'un tu avais le nez grec, d'après l'autre il était retroussé ; tes yeux étaient tantôt bruns, tantôt bleus, parfois tu portais des taches de rousseur, parfois une fossette au menton.

Elle réalisa alors qu'elle avait oublié le visage qu'elle voyait avant dans son miroir. Le soir même elle se jeta sur de vieilles photos, des photos d'identité, de famille, d'école. Mais sur toutes elle était floue, ses contours vagues évoquaient à peine une forme humaine. Qui croire désormais ? Lequel de ces visages était le sien ? Avaient-elles seulement déjà eu un visage à elles? Elles s'enfuirent. Longtemps elles errèrent dans la ville, entourées du rassurant oeil des autres, qui eux, au moins, savaient.

Par lamain
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Mercredi 5 mars 2008

     Attention, ce texte météorologique est théologiquement engagé, âmes allergiques non profanes s’abstenir.

 Les temps changent, en ce moment. J’ignore si c’est le même topo chez vous. Les temps changent. Mercredi 5 mars 2008, comme l’indique obligeamment l’horloge de l’ordinateur (rappelons qu’en période de vacances la date fuit. Il devient impossible de savoir dans quel jour vous vous traînez en pyjama jusqu’à vous ne savez trop quelle heure, jusqu’à ce que vos derniers instants de liberté vous assènent un rude coup qui vous fait revenir à la triste réalité du temps), premier jour de presque neige. Oui, chers internautes évadés de la rudesse de la vie et plongés dans la folle absurdité de cinq cerveaux d’étudiants (vous n’avez donc pas de vie non plus ? ), depuis maintenant des mois nous n’avions pas autant approché de la concrétisation du flocon étoilé, le beau flocon des familles qui décore les vitres,  les murs, les portes, le sapin et la rampe d’escalier durant le mois de décembre !Vous allez me dire qu’on en a assez eu, du flocon, surtout avec la gamine qui a passé les deux derniers mois de maternelle à faire des cartes postales et des dessins à paillettes et coton hydrophile. Mais attention, celui-là ne clignote pas de façon écœurante toutes les deux secondes en changeant de couleur façon discothèque ; il est blanc, brillant, pur, gelé, d’une délicatesse sans commune mesure. Plus délicat encore que le fumet délicieux d’une purée de marrons au jus de dinde, plus délicat que le ruban chatoyant des cadeaux entassés, plus délicat même que les milliers de fragments minuscules, que la poussière parsemant votre sol, vestiges d’une de ces boules de noël fragiles auxquelles vous aviez pourtant dit à cette chère petites de ne pas toucher, bordel !

   Bref, un flocon, quoi. Mais en dehors de cet anachronisme qui aurait comme une fâcheuse tendance à devenir une habitude ( si si, je vous jure, c’est déjà arrivé il y a quelques années ), une autre merveille du climat continental français a eu lieu, en mars, bien sûr, vous l’avez compris bande de moules, les giboulées. C’est joli, les giboulées. Mais à l’abri. Quand on est dessous c’est beaucoup moins joli. Un peu comme un essaim de moustiques qui voudrait votre mort, sans doute à cause du génocide que vous avez commis l’été dernier, en Camargue, vous vous rappelez ? Sauf que là vous êtes du mauvais côté de la tapette. Et pour accompagner le tout, un petit orage de derrière les fagots. On dit que le tonnerre c’est le bruit que Dieu fait quand il roule ses tonneaux. Imaginons donc une suite logique à cette rumeur : la pluie c’est quand il est trop cuit pour ne rien renverser en buvant. Et la grêle ? Les glaçons du pastis, pardi ! Les nuages ? La mousse du champagne qui a débordé. Le vent ? Vous voulez vraiment le savoir ? Vous oserez encore le cerf volant après ? Vous l’aurez voulu… La bière, ça fait roter… Le bleu du ciel, une piscine de malibu ; le soleil, la rondelle de citron qui décore le verre.

   Et voilà… C’est marrant le créationnisme, finalement…

Par lamain
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Vendredi 15 février 2008

Salut à toi, peuple internaute hasardeux ! Eh oui, me revoilà, eh non, vous n’êtes pas débarrassés de mes interventions hypnotiques, miraculeusement sauvés de ces eaux par une miséricordieuse entité. Petit mais costaud, telle est notre devise, aux Pimouss’ et à moi-même.

   Je me ratable donc en ce vendredi saint de l’an de grâce deux mil et huit, bien déterminée à ne me pas laisser enfouir dans les sombres archives d’un bureau de fonctionnaire en grève –ou peu s’en faut- ; mais une chose est sûre : ce qui me pousse à venir ainsi poser mon enveloppe corporelle devant cet ordinateur, armée de jus d’orange et d’un morceau de chocolat noir assez bien réussi, n’est pas le débordement d’inspiration ni la volonté de communiquer un message de la dernière importance. Car j’en suis encore à m’interroger sur le sujet futur de cet article, question qui me laisse au cerveau une sorte de tourbillon brumeux, obscur et vide comme il se doit, aspirant toute ma substance neuronale et laissant là stupides mes deux bras ballotants. Si vous me voyiez à cette heure, vous croiriez à une erreur d’être humain, une contrefaçon, une singerie cauchemardesque, une blague, jusqu’à me voir bouger. Là, vous auriez plutôt une envie subite de fuir, ou de n’avoir jamais été là.

    Bon ! Assez de bavardages sans queue ni tête (mais surtout sans queue, en ce qui me concerne. Je tiens sincèrement à vous présenter mes plus plates excuses immédiatement pour cette lamentable boutade dont la vulgarité dépasse celle des pires citations de geek francophones sur le bottin des pires citations de geek, vous aurez reconnu Bash.fr). Je vous propose maintenant un réquisitoire enflammé tant que faire se peut, contre la Saint Valentin, évènement majeur puisque propagé avec exaltation par l’intégralité de la presse nationale (signal incontournable de pratique assidue d’un culte si noble, dont on ne sait plus s’il est dédié à l’Amour ou bien au capitalisme). Même word souligne Saint Valentin de rose, en prétendant me faire croire que c’est parce qu’il a une suggestion utile pour l’expression. Vous souvenez-vous de la coutume originelle de la saint Valentin ? Telle qu’on la connaissait il y a de si nombreuses années, en un temps presque oublié ? En cet âge d’or de l’humanité, puisque nous n’en connaissions pas encore les emmerdements, il s’agissait d’oser, à cette date fatidique qu’est le 14 février, de rassembler tout son courage pour envoyer un mot tendre à l’idole de son cœur, lui faire timidement et anonymement une prière ardente pour réclamer le droit de lui vouer un libre culte.

Vous vous souvenez, maintenant. Tous les râteaux que cette fête engendre… Il n’y a donc pas de quoi s’étonner qu’aujourd hui, on offre des fleurs. Elles ont été cultivées par tous les 14 février qui ont précédé cette époque sombre qui est la notre, où l’argent gouverne tout, s’empare de tout, annule le sens pour s’arroger plus de pouvoir, et se faire le truchement unique et inévitable de toute déclaration, de toute expression, de toute offrande. L’argent, qui rêve de faire le bonheur, nous pose ses chaines toujours plus lourdes. Il veut se faire seul but de nos vies, plus qu’il ne l’a jamais été, et il prévaut sur tout ; pas seulement en politique, car il a toujours eu son culte le plus dévoué dans ce milieu, mais aussi dans les cœurs. Du moins en prend-il le chemin, furtivement, par le biais de la pression publicitaire qui gangrène tout. Voilà le drame de tous les couples ! Malheur à celui qui oublierait le jour saint, il met en jeu son couple, ses dents, la carrosserie de sa voiture ! Il s’expose à toutes les tempêtes que la femme engendre, des catastrophes naturelles qui réduiraient le réchauffement climatique aux vains efforts de mon radiateur pour faire gagner deux degrés à ma chambre ! Il prend le risque de se noyer dans un torrent de larmes amères et inépuisables, production de glandes lacrymales olympiques et dignes de celles de Myhrra, qui passe sa vie à sangloter des gouttes précieuses, déguisée en arbre ! Il est réduit à obéir à la publicité et à la société qui le somme connement. Messieurs, armez-vous de roses, de bijoux éclatants, de parfums odorants, de vêtements superbes, de tickets restaurants, de tout ce que votre imagination fertile aidée par les médias pourra trouver pour vous prémunir de vos fées, qui pourraient faute de cela devenir terribles gorgones. Quant à vous, mesdemoiselles, niez la fête, suivant cet adage bien connu « on a pas besoin d’un jour pour montrer qu’on s’aime ! », que j’ai entendu encore dans le métro, pas plus tard qu’hier.

 

    Evidemment, vous avez le droit de faire la gueule si même en ce jour indiqué, marqué au feutre fluo, hurlé partout avec entrain, vous ne recevez aucune attention particulière, de ces riens ridicules qui font tant plaisir. Parce qu’après tout, si ça marche si bien, c’est qu’il y a une clientèle. Eh oui, il y a de ces pauvres femmes, auxquelles les amants ne vouent pas cette petite adoration au-delà des paroles, auxquelles on ne fait pas ces petits sacrifices qui les ravissent, auxquelles on ne fait pas la cour sous prétexte qu’on les a. Il y a de ces hommes simples qui ne pensent pas à jouer la comédie du couple, pourtant plaisante à qui la savoure enfin, après des années à déprimer de se sentir aussi seul que le dernier biscuit, la chaussette séparée ou le professeur malaimé d’une classe turbulente de quarante élèves.

En toute franchise, j’aime bien quand même cette fête, même capitaliste. J’aime bien noël aussi, c’est le même topo. Parce que c’est chouette, les cadeaux, et la fête, c’est pas fait pour être fait tous les jours.

Par lamain
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Mardi 22 janvier 2008

Chose promise, chose due. J’avais dit à Mythologik que son article sur le rêve méritait réponse, je réponds donc. Parce que j’ai envie, voilà tout, et si ça ne vous plait pas, passez outre, je fais ce que je veux, non mais.

  Sans vouloir offenser le fantôme de monsieur Freud, car quelle personne saine d’esprit voudrait se mettre un fantôme à dos, surtout celui-ci, je ne m’occuperai en aucune façon de la valeur psychanalytique des rêves, qui viole les complexes organisations de l’esprit et déchire le voile de poésie qui en habille les rouages. Quelle classe, quand j’y pense. Je n’ai rien contre la psychanalyse, mais il faut bien avouer qu’un rêve décrypté façon Freud rend l’Homme nettement moins glorieux, et j’aime assez à me croire parfois membre d’un règne glorieux, celui d’une espèce douée de raison et de génie créateur. Voilà voilà. L’idée d’appartenir à l’espèce névrosée du règne animal m’enchante nettement moins, je ne sais pas ce que vous en pensez. Un peu de poésie, bordel ! Ai-je envie de crier à la face du monde, comme ce bon Jean Jaques clamait son innocence au son des trompettes du jugement dernier (attention, référence littéraire).

 

 Vous aurez compris, si vous n’êtes pas trop crétins, ce dont je ne doute pas, que si vous vous attendiez à une dissection de songe sanglante comme il se doit, croustillante et graveleuse et tout, vous vous êtes lourdement gourés. Le rêve est poésie. Il est la seule véritable image que nous ayons de notre vie intérieure, une image fraiche comme un gardon juste pris, qui frétille encore et ne sent pas la vase (en général). Nous la rapportons sur le rivage de la conscience, au réveil ( souvent brutal, en ce qui me concerne, car provoqué par le putain de ramage d’un réveil, justement, ce minuteur infernal qui décide avec une exactitude impitoyable que mon temps de sommeil est écoulé, comme il le ferait du temps de cuisson d’un œuf à la coque), histoires folles, sensations authentiques, lieux, personnes, qui imprègnent la journée du goût du rêve.

    Quelques rêves restent dans la mémoire, comme de vrais souvenirs, étranges et pénétrants ( attention, autre référence littéraire ), dans lesquels tout est plus grand, plus profond, et n’allez pas voir là dedans un quelconque double sens grivois. Un parc devient forêt mythique, faite d’arbres immenses et noueux, ridés, creusés, parés de lierre et de lianes, des arbres vénérables comme on n’en voit que dans les films (et les rêves, sinon je n’en parlerai pas, voyons) ; Une maison est un château, un jardin, une plaine brumeuse, humide de pluie, de neige ou de rosée, balayée par un vent vivifiant qui y a sa maison ; une cave est un labyrinthe sombre, immense, poussiéreux, au sol parsemé d’objets rouillés et dangereux ( si, un clou rouillé c’est dangereux).

   Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Les rêves ne sont pas toujours lyriques, loin s’en faut ! J’en connais qui ont fait plus d’un cauchemar à vous arracher les poils des bras, tellement ils se hérissent. J’en connais aussi qui ont fait plus d’un rêve à ne pas raconter à n’importe quelle oreille non avertie, et qui ont des effets non moins physiologique que le dressage de poils, mais d’une autre nature. Mais rien ni personne ne me fera ne pas dire que ces rêves aussi ont leur part de poésie. Poésie trash, poésie gore, certes, mais après tout, la poésie n’est pas que niaise, que ceux qui le croient encore se détrompent. Poétique, c’est (selon une définition reconnue qui est la mienne, et qui bénéficie donc de mon label) ce qui exprime une esthétique quelle qu’elle soit, quitte à exprimer l’esthétique d’un meurtre particulièrement sadique ou d’un scénario angoissant- ou exaltant-. Sauf que le rêve est un genre de poésie immédiat, non-écrit, et que nul autre langage que celui du sommeil ne peut retranscrire dans toute sa puissance et sa réalité. Le rêve, c’est la vie sans le sens qui l’enracine au béton des rues, sans l’aspect contrariant des contraintes physiques et morales. Mille excuses, je m’emballe quelque peu.  Donc, pour résumer, nous sommes tous poètes la nuit. Dans ta face, lecteur. A bon en temps d’heure, salut…

Par lamain
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