Apres la journée type en prépa d’art, voici le cours type de dessin d’observation en extérieur.
Enfin quand je dis « cours type »…
Ça change du tout au tout selon le lieu, le moment et surtout le prof.
Il y a eu la fois où on est restés 2h sur la place des Vosges (3e et 4e arrondissement à Paris) par -5 degrés (à l’abri du vent, mais bien sûr là c’était pas le cas) où on regardait les tas de feuilles mortes et les arbres en ne rêvant que d’une chose : tout faire cramer dans un immense feu de joie
pour espérer ralentir le bleuissement inquiétant et rapide des mains/visage/pieds et jambes et même des cheveux (des fois).
C’est là même que, m’étant assise sur le DOSSIER d’un banc, un gardien a rappliqué aussi vite que des étudiants vers le restau U à 14h (pour vous
dire un peu…) en hurlant au scandale et à la non éducation des jeunes d’aujourd’hui.
Quant à la séance de ce matin, il faisait moins froid, quand même, genre 7° en plein vent, mais avec cette fois-ci un grand format (50 par 65 cm exactement, « format
raisin » comme on dit dans le milieu, ça fait bizarre au début ds les conversations, mais on s’y fait, bref.)
Enfin imaginez 2 secondes dessiner sur un grand format avec un super vent en plein poire, c’est assez terrible.
Et donc là c’était dans le marché du mardi matin de Ménilmontant (Paris 11e cette fois), pour que vous vous fassiez une idée de la chose, le 11e c’est
comme une grande macédoine (culinairement parlant je trouve ça dégueu) on prend plein de gens différents, que ce soit de religion, d’origine, niveau social, couleur du caleçon/boxer, marque de
dentifrice, et tout, on les mets tous dans un grand saladier, on mélange et on a le 11e.
La rue ressemble à ça : un hôtel douteux, un kebab, un restau chinois, un kebab, un restau indien, encore un kebab, un magasin de rien (si jvous jure), un restau
japonais, un café soit disant canadien, une poubelle, un autre kebab, une vieille folle qui veux vous vendre des racines aphrodisiaques et autres trucs marrants pour faire disparaître les
fantômes, le métro, et ainsi de suite.
ça ressemble à ça pour info
(enfin vu de la rue, a peu près...
jvous ferais une photo la prochaine fois)
Donc je disais, le marché, on devait rendre compte en 2h30 de l’espace, des objets, des gens et de l’activité sur un seul grand format.
Première étape : l’installation.
Faut pas perdre de vue qu’on va pas bouger de là avant perpette, alors on choisit bien un coin pas trop crade, si banc il y a, on se rue dessus, et on voit si c’est
utilisable après.
On essaie de trouver un angle sympa (pas trop compliqué non plus faut pas pousser), on évite de se mettre à coté du poissonnier et de la vieille tarée qui vend des pots de
miel, on jette un coup d’œil au prof qui nous observe du coin de l’œil en draguant la vendeuse de fruits, et on s’installe (en général, par terre... oui le futur artiste est un clodo croisé d’un
réfugié afghan, mais il s’assume)
Pendant qu’on se bat avec une perspective complètement foireuse et une mise en page bancale, les gens (ahh les gens >>) ont TOUJOURS la manie de regarder par-dessus
votre épaule.
Soit discrètement en passant à coté, en ralentissant un maximum mais sans s’arrêter ; soit en s’arrêtant carrément derrière vous et en commentant le profil du fleuriste
(« ah bah vous avez été sympa là… il a quand même plus de bide » je cite…).
Tout de suite on imagine un joli dessin au crayon HB avec un beau dégradé et une jolie perspective bien comme il faut et un point de fuite subtil dans tout ça… Que nenni j’ai
envie de dire, c’est plutôt un vague machin néo-vintage à la one-again fait à l’encre noire, à la craie, au marqueur indélébile qui tue la feuille et la pochette derrière ou à la mine de plomb 9B
qui laisse des traînées de graphites impressionnantes.
Une heure après l’installation, on compte environ 5 à 6 personnes derrière nous (j’étais avec 2 autres personnes dans mon coin) et ils faisaient des pronostiques sur qui
avait dessiné le mieux, qui avait le plus joli décor, quelle pauvre victime allait être dessinée ensuite…)
C’est à peu près à ce moment là qu’on se dit que changer de place c’est artistiquement intéressant sur une composition niveau point de vue… non ?
Nous migrons donc ailleurs, rejoignant 2 autres gars du groupe entre un stand de vêtements et un autre fleuriste.
Le prof au même moment était derrière nous et se marrait comme un malade, lui aussi en fait dessinait, et il retranscrivait ce qui se passait devant nous. Nous qui avons le
nez (bleu) collé a la feuille forcement, on n’avait rien vu (le comble pour une dessin d’observation) c'est-à-dire le vendeur de vêtements qui essayait de refourguer une petite robe sexy taille
32 soit disant taille unique ultra extensible à une quinquagénaire un peu pinthée d’un mètre de large sur un de haut, et qui était intéressée à la base par une bonne vieille paire de chaussettes
en mohair qui grattent pour l’anniversaire de son filleul (véridique).
Or, un des deux gars que je ne nommerais pas ici, dessinait avec précision toutes les nuisettes et autres strings accrochés en hauteur.
Encore une fois, le prof s’approche : « nan mais réfléchis 2 secondes ! Ton dessin faut que tu vives avec ! Là tu me fais une nuisette à froufrous avec de
la gouache toute pâteuse ! noon mais nooon quoi ! »
L’autre mec à coté (pareil je nomme pas) « mais oui ! Une nuisette c’est léger, c’est soyeux c’est. transparent (étoiles dans les yeux) »
Le prof reprend « voilaa un spécialiste ! Faut choisir un medium plus délicat, plus translucide ! Qui fasse penser à de la dentelle sexy ! Joues avec la
lumière bordel ! Mais me ruine pas ces jolies nuisettes ! »
(Le prof d’art est toujours passionné, quelque soit le sujet)
Parallèlement, la vendeuse de pots de miel n’a fait que nous tourner autour, elle voulait absolument être dessinée… devant ses pots… alors forcement, elle prenait la pose (et
quelle pose !) on voyait plus rien de ce qui se passait derrière.
A la fin des 2h30 voire 3h, après s’être relevés très difficilement, on regagne l’école avec une démarche de lendemain de fête croisé d’un marathon sans échauffement, et plus
précisément vers Jésus (ndlr: la machine à café) pour espérer pouvoir un jour retrouver une couleur de mains autre que violette joliment teintée de bleu.